[L’hebdo du Vieillissement] : Quand le temps politique percute le temps de la transition démographique

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Dans le vieillissement, tout est affaire de temps long : adapter les logements, former les professionnels, organiser les parcours, financer l’autonomie, renforcer la prévention… Ce sont des chantiers à cinq, dix ou vingt ans. Et pourtant, notre action publique fonctionne souvent au temps court : arbitrages annuels, cycles électoraux, annonces successives, « plans » interrompus.
> L’hebdo du Vieillissement du Pr Bertrand Fougère : « Quand le temps politique percute le temps de la transition démographique »

[L'hebdo du Vieillissement] : Quand le temps politique percute le temps de la transition démographique

Un symptôme : l’instabilité du pilotage

Depuis mai 2022, cinq ministres se sont succédé sur les sujets de l’autonomie et du grand âge, et un nouvel ajustement est à venir.

Résultat :

  • des administrations et des acteurs de terrain qui doivent « réapprendre » le cap à chaque fois,
    alors que la dynamique démographique, elle, n’attend pas,
  • des priorités qui évoluent,
  • des arbitrages renégociés.

Conséquence : des réformes structurantes qui peinent à tenir

Un exemple concret : un Plan Grand Âge était annoncé pour le 12 février 2026, mais a été décalé. Pendant ce temps, les besoins augmentent.
La Drees (ministères chargés de la Santé et des Solidarités) estime qu’il faudrait entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires d’ici 2050 pour le soutien à l’autonomie des personnes âgées.

Le véritable enjeu : articuler le temps court et le temps long

Le Conseil d’État a récemment remis ce sujet au cœur du débat : penser le temps long alors que nos institutions et nos pratiques sont structurées par l’urgence et la séquence politique.

Or, le vieillissement exige une trajectoire stable, notamment sur :

  • la prévention,
  • l’autonomie,
  • l’habitat,
  • la lutte contre l’isolement.

Ce que font d’autres pays

Sans idéaliser, certains pays ont construit des cadres plus orientés vers le long terme :

  • Allemagne : une assurance dépendance (Pflegeversicherung) structurée depuis les années 1990, réformée régulièrement plutôt que réinventée à chaque alternance.
  • Japon : une assurance dépendance (Long-Term Care Insurance) avec un pilotage national et une mise en œuvre locale.

Point commun : des mécanismes qui rendent la politique publique moins dépendante des seules séquences politiques.

Alors, que faire en France ?

  • Mettre en place une loi de programmation pluriannuelle de la transition démographique (objectifs, trajectoire de financement, indicateurs, clauses de revoyure), comme l’a explicitement appelé de ses vœux le Conseil économique, social et environnemental.
  • Instaurer un pilotage interministériel de la transition démographique (santé, logement, travail, transports, etc.).
  • Construire un socle de continuité autour de la prévention, du maintien à domicile et de la lutte contre l’isolement.
  • Territorialiser réellement l’action publique : passer d’une politique catégorielle à une politique transversale et intégrée, en s’appuyant sur les collectivités.
  • Transformer le report en opportunité : si le Plan Grand Âge est décalé, en faire un véritable travail de fond pour un plan ambitieux, présenté au printemps.

Notre défi n’est pas de “découvrir” la transition démographique mais de construire des institutions capables de tenir dans la durée.

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Cet article a été publié par la Rédaction le

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