À peine certifiée CE, la medtech neuroClues enchaîne déjà les déploiements en Europe et annonce une série A de 10 millions d’euros avec, pour objectif, d’imposer ses biomarqueurs oculaires comme nouveau standard clinique. Derrière la promesse technologique, neuroClues pointe du doigt un retard de plusieurs décennies dans les méthodes de diagnostic neurologique.

- neuroClues est intégrée dans des cohortes cliniques majeures, notamment à l’Institut du Cerveau à Paris.
- L’entreprise participe à une méga-cohorte de 25 000 patients afin de constituer une base de données normative à grande échelle.
- Elle développe également des partenariats internationaux, en particulier en Inde avec l’AIIMS.

neuroClues intègre l’IA au diagnostic neurologique
Le constat posé par neuroClues est sans détour : l’évaluation clinique des maladies neurologiques n’a pratiquement pas évolué depuis plus de 60 ans. Dans un contexte de vieillissement de la population, les pathologies neurodégénératives explosent pourtant, avec des projections inquiétantes, notamment pour la maladie de Parkinson.
Aujourd’hui encore, un patient sur cinq serait mal diagnostiqué. Et lorsque le diagnostic est enfin posé, les dégâts sont déjà considérables, avec une perte estimée à 65 % des neurones concernés. Un retard lourd de conséquences, tant pour les patients que pour les systèmes de santé.
Ce décalage s’explique en grande partie par des pratiques cliniques restées très subjectives. Et pour cause : les neurologues s’appuient encore sur des tests d’observation, tels que « suivez mon doigt », faute d’outils quantitatifs accessibles et fiables. Les technologies avancées existent, mais restent coûteuses, peu disponibles et souvent inefficaces aux stades précoces.
C’est donc pour lutter contre un dépistage tardif, des parcours de soins allongés et des ressources mobilisées sans efficacité optimale que neuroClues est né, en misant sur l’objectivation des données.
Une promesse technologique : objectiver la neurologie en 10 minutes
La solution développée par neuroClues repose sur un principe simple en apparence : analyser les mouvements oculaires pour en extraire des biomarqueurs neurologiques. En pratique, l’entreprise s’appuie sur un dispositif médical portable de classe IIa, désormais marqué CE, capable de produire des résultats en quelques minutes.
Concrètement, l’appareil capture des images infrarouges à haute vitesse des yeux du patient pendant qu’il réalise des tâches visuelles simples. Ces données sont ensuite traitées par des algorithmes d’intelligence artificielle propriétaires, qui génèrent des indicateurs objectifs et reproductibles. Son ambition : remplacer les évaluations subjectives par des mesures standardisées, directement exploitables en consultation. Le dispositif s’intègre dans le flux de travail clinique, sans contrainte majeure, et permet même une interprétation à distance. Une approche qui vise à raccourcir drastiquement les délais d’analyse.
À terme, la plateforme entend aller plus loin. En accumulant des données à grande échelle, elle ambitionne d’identifier plus finement certaines pathologies : différencier les types de parkinsonismes, détecter précocement la maladie d’Alzheimer ou encore repérer les séquelles de commotions cérébrales. Une promesse conditionnée à la robustesse des données collectées.
Une accélération commerciale soutenue par une levée de fonds stratégique
Quelques mois seulement après sa certification CE obtenue en janvier 2025, neuroClues revendique déjà une présence dans sept pays européens. Plus de 30 dispositifs ont été déployés dans des hôpitaux, cabinets privés et centres de recherche, signe d’un intérêt croissant du terrain.
Cette traction commerciale s’appuie notamment sur :
- une intégration dans des cohortes cliniques majeures, dont celles de l’Institut du Cerveau à Paris
- une participation à une méga-cohorte de 25 000 patients pour construire une base de données normative
- la sélection par des dispositifs d’accélération comme Bpifrance et PariSanté Campus
- le déploiement de partenariats internationaux, notamment en Inde avec l’AIIMS
Pour soutenir cette dynamique, l’entreprise annonce une levée de fonds de 10 millions d’euros en série A, menée par Teampact Ventures, White Fund et le Fonds EIC. Avec des financements complémentaires non dilutifs, le total levé atteint désormais 25 millions d’euros.
Au-delà du financement, neuroClues affirme structurer son développement avec le recrutement de Bart Stulens, ex-Medtronic, au poste de directeur commercial EMEA. Car derrière cette embauche, la medtech entends industrialiser le déploiement en Europe, tout en préparant une expansion vers les États-Unis. En parallèle, la société ouvre une tranche d’investissement de 1,5 million d’euros via la plateforme LITA, accessible aux particuliers. Une initiative encore rare à ce stade de maturité, qui traduit autant une volonté d’engagement citoyen qu’un besoin de financement complémentaire. Reste à voir si cette ouverture participera réellement à démocratiser l’innovation.
Cet article a été publié par la Rédaction le
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