

Le dernier bilan démographique de l’Insee marque un tournant inédit : pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel de la France devient négatif en 2025. Derrière ce basculement historique, une dynamique démographique profondément transformée, où la hausse du nombre de décès, la chute des naissances et le vieillissement accéléré de la population redessinent les équilibres sociaux, économiques et sanitaires du pays. On fait le point.

Vieillissement de la population : le nombre de décès augmente en 2025
Les français meurent plus tard… mais sont de plus en plus nombreux à être âgés. Pour cause : en 2025, le nombre de décès en France est estimé à 651 000, en hausse de 1,5 % par rapport à 2024. Cette hausse s’inscrit dans une dynamique qui s’observe depuis plusieurs années.
L’hiver 2025 a notamment été marqué par une épidémie de grippe particulièrement virulente, tandis que certains territoires ont connu des épisodes de fortes chaleurs estivales, reconnus pour leur impact sur la mortalité des personnes âgées.
Au-delà de ces événements ponctuels, la hausse du nombre de décès reflète surtout une réalité démographique : depuis 2011, les générations nombreuses du baby-boom, nées entre 1946 et 1974, atteignent progressivement les âges de forte mortalité. Un phénomène qui exerce une pression durable sur les indicateurs de mortalité, indépendamment des crises sanitaires exceptionnelles comme celle du Covid-19 entre 2020 et 2022.
Autre signal préoccupant : le taux de mortalité infantile. Il s’établit à 4 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2025, soit environ 2 550 décès avant un an.
Après une baisse spectaculaire tout au long du XXᵉ siècle, cet indicateur stagne depuis 2005 et a même légèrement progressé entre 2011 et 2022, traduisant des fragilités persistantes du système de périnatalité.
Le nombre de naissances baisse à un niveau historiquement bas
En parallèle, la France enregistre 645 000 naissances en 2025, soit une baisse de 2,1 % par rapport à 2024. Si ce recul est moins brutal que ceux observés en 2023 et 2024, il confirme une tendance lourde et continue. Depuis 2010, année du dernier pic, le nombre de naissances a chuté de 24 %, un décrochage inédit en temps de paix.
L’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) poursuit lui aussi sa dégradation, atteignant 1,56 enfant par femme en 2025. Il faut remonter à la fin de la Première Guerre mondiale pour retrouver un niveau aussi bas. Ce chiffre place durablement la France bien en dessous du seuil de renouvellement des générations, fixé à 2,1 enfants par femme.

Cette baisse ne s’explique pas par un recul du nombre de femmes en âge de procréer, mais uniquement par une diminution de la fécondité. Plusieurs facteurs structurels sont identifiés par les démographes :
- Le prolongement des études supérieures, qui retarde l’âge du premier enfant et réduit mécaniquement la probabilité d’en avoir plusieurs.
- Les difficultés d’accès au logement, dans un contexte de tension immobilière et de hausse des coûts.
- L’incertitude face à l’avenir, nourrie par le changement climatique, les tensions géopolitiques et un climat social pessimiste. Selon la Fondation Jean Jaurès, 36 % des Français estiment que leur situation personnelle va se dégrader, un pessimisme particulièrement marqué chez les 35-59 ans.
Les 65 ans ou plus presque aussi nombreux que les moins de 20 ans
Au 1er janvier 2026, la France compte 22,2 % de personnes âgées de 65 ans ou plus, contre 22,5 % de moins de 20 ans. Un quasi-équilibre inédit qui témoigne de l’ampleur du vieillissement démographique en cours. Vingt ans plus tôt, en 2006, ces proportions étaient respectivement de 16,4 % et 25,1 %.
Ce vieillissement s’accélère depuis le milieu des années 2010, avec l’arrivée massive des baby-boomers dans les classes d’âge élevées. Les plus âgés d’entre eux atteignent désormais 80 ans, tandis que la part des 75 ans ou plus représente 11,1 % de la population, contre 8,2 % en 2006.

Dans le même temps, la baisse continue des naissances réduit le poids démographique des jeunes générations. Cette double dynamique – vieillissement par le haut et contraction par le bas – transforme en profondeur la pyramide des âges et pose des défis majeurs en matière de dépendance, d’autonomie et d’organisation des parcours de soins.
Solde naturel en baisse : quelles conséquences pour une société vieillissante ?
Avec un solde naturel de –6 000 en 2025, la France franchit un seuil symbolique. Ce basculement s’inscrit dans une trajectoire engagée de longue date : le pays est en dessous du seuil de renouvellement des générations depuis 1975. À terme, cette évolution pourrait peser sur la capacité d’innovation et la dynamique sociale d’une société comptant proportionnellement moins de jeunes.
Les conséquences d’une société vieillissante sont multiples :
- Des tensions économiques avec un manque de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs.
- Des difficultés croissantes pour financer le système de retraite, dûes à une baisse relative de la population active.
- Un ralentissement de la croissance économique, lié à la contraction du réservoir de travailleurs.
- Des besoins accrus en soins de santé et en accompagnement de la dépendance, directement liés au vieillissement.
- Une pression croissante sur les services publics, en particulier sanitaires et médico-sociaux.
- Un dépeuplement de certaines zones rurales, entraînant la fermeture d’écoles et de services de proximité.
Autant d’évolutions qui confirment l’urgence d’adapter les politiques publiques et l’offre de services aux réalités démographiques de demain.
Quelles solutions face au vieillissement accéléré de la population ?
Les politiques natalistes, souvent citées en exemple – comme en Hongrie – montrent aujourd’hui leurs limites structurelles, avec des effets temporaires et coûteux.
Le recours à l’immigration apparaît comme une solution partielle et transitoire pour soutenir la population active, même si l’ONU rappelle que ce levier ne peut compenser durablement le vieillissement global des sociétés développées.

D’autres pays, comme le Japon ou la Corée du Sud, misent fortement sur la robotique et l’automatisation pour pallier la pénurie de main-d’œuvre et accompagner le grand âge. Toutefois, ces modèles restent difficiles à transposer tels quels en Europe, en raison de différences principalement sociales et organisationnelles.
Pour la France, les réponses passent avant tout par une adaptation systémique : développement massif des métiers du grand âge, prévention de la perte d’autonomie, investissement dans l’innovation médico-sociale, et reconnaissance accrue des enjeux liés au vieillissement. Autant de chantiers structurants pour transformer cette transition démographique en opportunité.
Cet article a été publié par la Rédaction le

