Le site Santé publique France fait état, jeudi 12 mars 2026, du nombre d’hospitalisations et du taux de mortalité lié aux chutes chez les personnes de 65 ans et plus. Un fait éminemment actuel dont les données, récoltées entre 2015 et 2024, connaissent une nette augmentation. Le point sur la première cause de décès accidentel après 65 ans.

- Chaque année, près de 175 000 hospitalisations concernent des personnes de 65 ans et plus suite à une chute, et plus de 20 000 décès sont enregistrés.
- Le Plan Antichute des Personnes Âgées (PAPA), lancé en 2022, visait à réduire de 20 % les hospitalisations et décès liés aux chutes, un objectif difficile à atteindre d’après les chiffres récents.
- Les 85 ans et plus ont un taux d’hospitalisation 8,6 fois plus élevé et un taux de mortalité 29 fois plus élevé que les 65-74 ans, avec des pics en hiver et dans certaines régions comme le Grand Est et la Normandie.
- Prévention, téléassistance, aménagement du logement et activité physique figurent parmi les mesures clés pour préserver l’autonomie des seniors.

Les chutes en nette augmentation entre 2015 et 2022 chez les seniors
Pour leur fréquence comme pour la gravité de leurs conséquences, les chutes chez les personnes âgées inquiètent. À tel point que le Ministère en charge des Solidarités, piloté par la Direction générale de la cohésion sociale, lançait en 2022 le Plan Antichute chez les Personnes Agées (PAPA). Son principal objectif était alors de réduire de 20 % l’incidence des chutes compliquées d’hospitalisation ou de décès. Un objectif ambitieux dans le contexte de vieillissement démographique rapide que l’on connaît partout dans le monde, notamment en Europe. Quatre ans plus tard, les chiffres tombent.
Les données les plus récentes sont sans appel : en 2024, 174 824 hospitalisations liées à une chute ont été enregistrées chez les personnes âgées de 65 ans et plus, soit 1 198 hospitalisations pour 100 000 habitants de cette tranche d’âge. Comparé à 2019, cela représente une augmentation de 20,5 %, signe de l’afflux constant auquel font face les services d’urgence et de gériatrie, avec des périodes hivernales particulièrement critiques.

Du côté de la mortalité, le constat est tout aussi alarmant. En 2024, 20 148 personnes âgées de 65 ans et plus sont décédées à la suite d’une chute, un taux standardisé de 138 pour 100 000 habitants âgés de 65 ans et plus, soit une hausse de 18 % depuis 2019. Une progression qui dépasse les projections basées sur les tendances 2015-2019, notamment pour les tranches d’âge les plus avancées. Même si la mortalité toutes causes confondues a légèrement diminué sur la même période, la part imputable aux chutes ne cesse d’augmenter, preuve de l’enjeu majeur de santé publique que représente la prévention des chutes pour les années à venir.

Dans son rapport, Santé publique France affirme que :
- Près de 20 % des personnes âgées de 50 à 79 ans déclarent avoir chuté au moins une fois dans l’année précédant l’enquête
- Les chutes représentent la première cause de décès accidentel après 65 ans et la principale cause d’hospitalisation pour traumatisme, soit environ 100 000 hospitalisations par an
- La Cour des comptes estime le coût de la prise en charge des chutes à près de 2 milliards d’euros par an, évitables en partie par la prévention.
Sexe, âge, période de l’année… quelles disparités concernant les chutes ?
Les statistiques mettent en lumière des disparités frappantes selon le sexe. Si les hospitalisations restent proportionnellement plus fréquentes chez les femmes, la mortalité liée aux chutes est, en revanche, plus élevée chez les hommes. Une différence qui s’explique par la sévérité des blessures et la présence plus fréquente de comorbidités chez la population masculine âgée. Ces disparités soulignent l’importance de programmes de prévention adaptés au profil de chaque senior, plutôt qu’une approche uniforme, afin de réduire à la fois le nombre d’hospitalisations et les décès évitables.
Qu’en est-il de l’âge des personnes concernées ? En 2024, le taux d’hospitalisation chez les 85 ans et plus est 8,6 fois supérieur à celui des 65-74 ans, et le taux de mortalité atteint un niveau 29 fois plus élevé pour les mêmes comparaisons. En cause : la fragilité croissante des personnes très âgées, combinée à des facteurs environnementaux comme les surfaces glissantes ou le manque d’aides techniques.

La saisonnalité est un autre facteur clé. Les taux d’hospitalisation et de mortalité sont sensiblement plus élevés en hiver que pendant l’été. La combinaison de chutes sur sol glissant, de maladies hivernales aggravant la fragilité, et de retards éventuels dans l’accès aux soins – liés à la grippe, par exemple – explique cette hausse saisonnière. Elle illustre également le rôle essentiel d’une surveillance accrue et d’interventions ciblées pendant les mois les plus froids, allant des programmes de sensibilisation à l’adaptation des logements et espaces publics pour réduire le risque de chute.
Les inégalités de santé territoriales au coeur du problème
Au-delà des différences liées au sexe, à l’âge ou à la saison, des disparités régionales frappantes émergent. En 2024, les taux d’hospitalisation et de mortalité les plus élevés sont observés dans le Grand Est, la Normandie, la Bretagne et l’Auvergne-Rhône-Alpes. Ces écarts peuvent refléter des facteurs multiples, tels que le vieillissement démographique local, les infrastructures, l’accès aux soins et la sensibilisation à la prévention des chutes.
Ces différences territoriales révèlent également que la prévention n’est pas uniforme à l’échelle nationale. Certaines régions disposent d’équipes mobiles de gériatrie et de programmes de prévention bien implantés, tandis que d’autres manquent encore d’initiatives structurées pour accompagner les seniors à domicile. L’enjeu est de taille : réduire les inégalités de santé territoriales et garantir que chaque personne âgée bénéficie d’un environnement sécurisé et d’un suivi adapté.

Le constat incite à repenser le plan PAPA dans sa dimension locale. Si les mesures nationales, comme la sécurisation des logements ou la promotion de l’activité physique, sont essentielles, elles doivent être adaptées aux réalités régionales et à la densité des populations âgées. Les disparités observées montrent que l’efficacité de la prévention passe autant par l’action locale ciblée que par des mesures nationales ambitieuses.
Le Plan Antichute des Personnes Âgées (PAPA) : échec ou limites ?
En 2022, le plan PAPA (Plan Antichute des Personnes Âgées) propose surtout des mesures de prévention pour réduire le risque de chute chez les personnes âgées. En ligne de mire : mieux repérer les personnes à risque, sécuriser les logements, faciliter l’accès aux aides techniques à la mobilité, promouvoir l’activité physique, développer la téléassistance, mais surtout, renforcer l’information et la sensibilisation du public. Pourtant, à peine trois ans plus tard, les résultats semblent mitigés. La hausse continue des hospitalisations et des décès interroge sur l’efficacité réelle des dispositifs mis en place.
Le gériatre Bertrand Fougère alertait déjà en octobre 2025 au Festival SilverEco Bien-Vieillir sur la nécessité de renforcer la sensibilisation aux chutes et l’information du public. Selon lui, le plan manque de mesures coercitives et de suivi systématique des populations les plus à risque. Les chiffres 2024 confirment cette inquiétude : malgré la bonne volonté des autorités, les actions de prévention peinent à inverser une tendance structurelle liée au vieillissement et à la fragilité croissante des seniors.
Le bilan du PAPA montre ainsi que la prévention des chutes exige plus qu’un simple plan national. Une approche intégrée, combinant interventions locales, suivi médical renforcé et adaptation environnementale, semble indispensable. La France doit aujourd’hui réfléchir à des stratégies complémentaires pour éviter que chaque hiver ne devienne synonyme d’augmentation des hospitalisations et de décès évitables parmi les personnes âgées.
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Cet article a été publié par la Rédaction le
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