Le Département Sanitaire et Médico-Social des Echos Etudes publie les résultats de son baromètre consacré au moral des dirigeants d’EHPAD et tire la sonnette d’alarme. Ces derniers, à la fois acteurs et témoins privilégiés des évolutions du secteur, sont en première ligne de transformations parfois subies. Éclairage sur leur perception du métier, les réalités de leur quotidien et leurs attentes pour l’avenir.
Le baromètre des Echos Études révèle un moral fragilisé chez les dirigeants d’EHPAD, dont près d’un sur deux se dit peu ou moyennement satisfait de son travail, sur fond de charge professionnelle élevée.
L’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle constitue le principal point de tension, jugé difficile ou très difficile à maintenir par près de trois quarts des directeurs interrogés.
Plus de la moitié des dirigeants déclarent ressentir un épuisement professionnel, accentué par des contraintes budgétaires persistantes et une pénurie chronique de personnel.
La gestion des ressources humaines s’impose comme le défi majeur du secteur, marquée par l’absentéisme, les difficultés de recrutement et des tensions structurelles durables.
Si le numérique et l’intelligence artificielle suscitent un intérêt croissant, l’avenir du secteur reste abordé avec inquiétude, seuls 47 % des directeurs se projetant durablement dans leur fonction.
Des directeurs d’EHPAD “surmenés”, à l’équilibre professionnel-personnel précaire
Le moral des directeurs d’EHPAD était-il trop peu considéré ? Dans son baromètre relatif au moral des dirigeants d’EHPAD, Les Echos Etudes met en lumière l’épuisement que cache l’engagement professionnel en établissement pour personnes âgées et laisse très nettement entrevoir cette idée.
Sur 170 directeurs et cadres de direction d’EHPAD interrogés, 44 % exercent leurs fonctions en établissement privé non lucratif ou association, contre 36 % dans le public et 20 % dans le privé lucratif. Leur satisfaction au travail apparaît comme « fragile » : si la satisfaction moyenne est de 6/10, près d’un dirigeant sur deux exprime un niveau de satisfaction moyen ou faible et aucun ne se dit totalement satisfait.
L’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle constitue le point de tension majeur du secteur. Il est « difficile » à maintenir pour 52 % des directeurs, et « très difficile » pour 22 % d’entre eux.
Plus de la moitié d’entre eux ressentent un épuisement professionnel, amplifié par des contraintes budgétaires
Les chiffres sont sans appel : 54 % des dirigeants d’EHPAD interrogés, soit plus de la moitié d’entre eux, ressentent un sentiment d’épuisement, la conséquence directe d’une difficulté à concilier vie personnelle et vie professionnelle. Seuls 2% des directeurs interrogés ne le ressentent jamais. En cause : une charge mentale et physique« considérable, souvent ignorée« , qui impacte directement la capacité de ces cadres à conserver leur motivation sur le long terme.
Ces résultats témoignent d’une charge mentale et physique considérable pour les dirigeants d’EHPAD. Une réalité souvent ignorée, qui pèse sur leur capacité à maintenir leur motivation et à rester durablement engagés dans leur fonction.
Elodie Bervily-Itasse, Directrice du département Sanitaire et Médico-social aux Echos Etudes
Un sentiment d’épuisement accentué par les déficits croissants et la pénurie de personnel subis par le secteur courant 2025. Et pour cause : en 2023, 80 % des établissements privés manquent de personnel, quand 90 % d’entre eux se déclarent déficitaires.
Les résultats du baromètre font écho aux exigences budgétaires auxquelles se heurtent chaque jour les établissements. Une enquête de la Fédération Hospitalière de France (FHF) publiée en mai 2025 affiche un déficit pour 71% des EHPAD publics. Une réalité alarmante expliquée – en partie – par un déficit moyen par place atteignant 3 104 € par an, soit un manque de 8,50 € par jour et par place.
La gestion du personnel, principal défi et source de tensions
Au-delà des contraintes financières, la gestion des ressources humaines s’impose comme un défi majeur pour les dirigeants d’EHPAD. Les directeurs interrogés estiment entretenir de bonnes, voire d’excellentes, relations avec leurs équipes pour 84 % d’entre eux. 95% déclarent par ailleurs entretenir de bonnes relations avec les résidents, contre 76 % d’entre eux avec les familles. Tous soulignent par ailleurs l’impact positif de leur engagement sur la qualité de vie des personnes âgées accueillies.
Mais derrière cette dimension relationnelle essentielle, la réalité managériale se révèle plus complexe. La gestion du personnel est citée comme la principale difficulté par 81 % des répondants, “loin devant” le pilotage budgétaire (56 %). Dans le détail, l’absentéisme constitue le premier défi en matière de ressources humaines (41 %), suivi par les difficultés de recrutement de nouveaux collaborateurs (27 %).
En matière de gestion des ressources humaines, quel est aujourd’hui votre plus grand défi ? Source : enquête Les Echos Etudes
L’IA et le numérique : les EHPAD à un tournant stratégique
Face à ces contraintes, la transformation numérique apparaît comme un levier stratégique identifié par une majorité de dirigeants d’EHPAD. Son niveau d’adoption reste toutefois hétérogène selon les usages. Les outils numériques sont désormais largement intégrés dans des domaines tels que la préparation des médicaments, le maintien de l’autonomie des résidents ou encore le lien avec les familles. L’e-santé et la télémédecine s’imposent également comme des pratiques bien ancrées dans les établissements.
Concernant la transformation numérique de votre établissement, proposez-vous ou utilisez-vous les outils et services suivants ? Source : enquête Les Echos Etudes
L’intelligence artificielle, encore peu déployée, suscite cependant un intérêt croissant. Les dirigeants interrogés expriment une forte intention d’adoption à moyen terme, considérant l’IA comme un appui pour mieux s’organiser, fluidifier les processus et alléger certaines charges au quotidien.
Un avenir abordé avec inquiétude et prudence
Malgré ces perspectives, les dirigeants d’EHPAD envisagent l’avenir avec une prudence teintée d’inquiétude : seuls 47 % d’entre eux se projettent dans leur poste dans les prochaines années. Ce chiffre laisse entrevoir une possible mobilité, pouvant aller jusqu’à un désengagement durable d’une partie des cadres du secteur.
Les résultats de ce premier baromètre appellent à une réflexion approfondie sur les dispositifs de soutien à destination des dirigeants d’EHPAD, afin de leur redonner des perspectives, de renforcer leur engagement et de restaurer la confiance dans un secteur en pleine mutation. Car la construction de l’EHPAD de demain – plus ouvert, plus ancré dans son territoire et mieux centré sur les besoins des seniors – ne pourra se faire sans des dirigeants accompagnés, soutenus et en capacité de porter durablement ces transformations face à des enjeux sociétaux majeurs.
Elodie Bervily-Itasse, Directrice du département Sanitaire et Médico-social aux Echos Etudes
La confiance dans la capacité des établissements à relever les défis à venir demeure fragile : 40 % des répondants se déclarent pessimistes quant à l’avenir de leur structure, tandis que 35 % adoptent une position neutre. À l’échelle du secteur, le constat est tout aussi préoccupant : 44 % des dirigeants n’ont pas confiance dans une évolution positive des EHPAD.
Autant de signaux qui confirment l’alerte lancée par ce baromètre : sans réponses structurelles durables, le risque d’une crise de vocation et de gouvernance au sein des établissements pour personnes âgées subsiste.
>Retrouvez l’intégralité de l’enquête des Echos Etudes sur le moral des dirigeants d’EHPAD via ce lien.
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