Moins de médicaments en EHPAD : ce que révèle l’étude RETREAT-FRAIL sur les antihypertenseurs

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L’étude clinique française RETREAT-FRAIL affirme qu’une réduction encadrée des traitements antihypertenseurs chez des personnes âgées très fragiles serait possible sans augmentation de complications graves, voire de mortalité. Des résultats rassurants pour améliorer la qualité de vie des résidents d’EHPAD. On fait le point.

Moins de médicaments en EHPAD : ce que révèle l’étude RETREAT-FRAIL sur les antihypertenseurs -
polymédication
  • L’étude RETREAT-FRAIL montre qu’il est possible de réduire progressivement les traitements antihypertenseurs chez les seniors fragiles sans augmenter la mortalité.
  • Plus de 1 000 résidents d’EHPAD âgés de 80 ans et plus ont été suivis sur plus de trois ans pour évaluer les effets de cette déprescription.
  • La réduction des médicaments n’entraîne ni hausse des événements cardiovasculaires, ni altération de la qualité de vie ou de l’état fonctionnel.
  • La polymédication, fréquente en EHPAD, expose les seniors à des effets indésirables, mais une approche encadrée permet de diminuer les risques.
  • Ces résultats ouvrent la voie à une prise en charge plus personnalisée et adaptée des personnes âgées, centrée sur leurs besoins réels plutôt que sur des prescriptions standardisées.
logo F CRIN - étude antihypertenseurs

Réduction des médicaments en EHPAD : une urgence ?

Est-il désormais possible d’alléger les traitements des personnes âgées les plus fragiles… sans compromettre leur santé ? Les résultats d’une étude française, récemment publiés dans le New England Journal of Medicine, le confirment. RETREAT-FRAIL est le premier essai clinique français randomisé à l’échelle internationale à avoir évalué, sur le long terme, l’impact d’une réduction progressive des traitements antihypertenseurs chez des résidents d’EHPAD très âgés et fragiles.

Avec l’âge, les patients accumulent souvent plusieurs maladies chroniques, impliquant ainsi une polymédication parfois dangereuse. Les antihypertenseurs représentent 6 % des médicaments potentiellement inappropriés (MPI), loin derrière les benzodiazépines (26,9 %), les atropiniques (8,3 %) ou encore les anti-inflammatoires non stéroïdiens (7,8 %, étude VIDAL, 2019). La surconsommation de médicaments, très fréquente en EHPAD, expose les seniors à des effets indésirables tels que les chutes, des hospitalisations ou encore une altération de la qualité de vie globale.

Une étude aux résultats « clairs et rassurants »

Cette étude est le fruit d’un suivi de plus de trois ans portant sur 1 048 personnes âgées de 80 ans et plus, toutes traitées par au moins deux antihypertenseurs et présentant déjà une pression artérielle basse. Elles sont réparties en deux groupes : l’un bénéficiant d’une réduction progressive et strictement encadrée des traitements, l’autre poursuivant la prise en charge habituelle.

Les résultats de l’étude RETREAT-FRAIL montrent que la réduction du nombre de médicaments antihypertenseurs n’entraîne pas d’augmentation de la mortalité. Les personnes âgées concernées ne présentent ni davantage d’événements cardiovasculaires, ni d’altération de la qualité de vie ou de l’état fonctionnel, ni hausse du risque de chutes ou d’effets indésirables graves. Pour rappel, les antihypertenseurs servent principalement à faire baisser la tension, mais jouent aussi un rôle majeur dans la prévention et le traitement des maladies cardiovasculaires et rénales.

Ces résultats sont particulièrement encourageants. Ils montrent qu’il est possible d’adapter les traitements chez les personnes âgées très fragiles, sans perte de chance, à condition de respecter un cadre médical rigoureux.

Pr Athanase Benetos, membre du réseau INI-CRCT (F-CRIN)
et professeur de médecine interne et de gériatrie au CHRU de Nancy

Dans le groupe ayant bénéficié de la déprescription, le nombre moyen d’antihypertenseurs est passé de 2,6 à 1,5, avec une légère augmentation de la pression artérielle, sans impact clinique défavorable. De surcroît, on observe au sein du groupe ayant bénéficié de la réduction thérapeutique un nombre plus faible de décès liés au COVID-19.  Les patients les plus fragiles tirent ainsi un bénéfice spécifique de cette approche plus individualisée.

L’étude clinique sur des personnes fragiles et dépendantes, une exception ?

Paradoxalement, les essais cliniques portant sur des patients âgés, fragiles et dépendants, notamment les résidents d’EHPAD, se font rares. La plupart des études concernent des patients en bonne santé, un paradoxe lorsque l’on connaît la consommation de médicaments chez les seniors. L’étude RETREAT-FRAIL montre que, même si les essais contrôlés et randomisés avec un suivi à long terme sont difficiles à mener chez ces patients, ils sont parfaitement réalisables et, surtout, essentiels pour évaluer le rapport bénéfice-risque des stratégies thérapeutiques proposées à des fins préventives, en particulier dans le domaine cardio-métabolique.

Le constat est clair : une réduction raisonnée des traitements, lorsqu’elle est réalisée selon des règles précises et sous supervision médicale, ne compromets pas la sécurité des patients. Une avancée majeure dans la lutte contre la polymédication, un enjeu central de santé publique chez les personnes âgées. Cette étude encourage ainsi une médecine plus personnalisée, centrée sur l’état réel et les besoins du patient plutôt que sur des objectifs thérapeutiques standardisés. Dans un communiqué, l’INI-CRCT (F-CRIN) annonce qu’un suivi post-randomisation est “actuellement en cours” afin d’évaluer les effets à plus long terme de cette stratégie, “en lien étroit avec les équipes soignantes » des EHPAD participants.


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Cet article a été publié par la Rédaction le

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