Rentrée Bleu, Blanc, Gris : Tribune libre de Yves Del Frate, Président de l’Institut CSA

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On s’attendait à la rentrée de la retraite, nous aurons la retraite de la rentrée. Première depuis 20 ans, il n’y a pas eu de session exceptionnelle de septembre pour l’Assemblée Nationale, pas d’urgence à faire des réformes tant que l’on peut réformer le calendrier.
En France on n’a pas de gaz mais on a des idées.

Rentrée Bleu, Blanc, Gris

Tribune libre de Yves Del Frate, Président de l’Institut CSA, sur la place des seniors dans les débats parlementaires de la rentrée.

La France, elle, s’enfonce dans la grisaille au propre comme au figuré.

Bien que vivant dans l’une des plus confortables démocraties de notre chère planète, les Français n’ont pas le moral au beau fixe : baisse du pouvoir d’achat, stress du dérèglement climatique, des vagues du Covid, effets de la guerre en Ukraine… les Français sont … « non conscients » d’avoir bénéficié de l’argent magique du quoi qu’il en coûte emprunté à notre chère Europe, tout concentrés sur leur dépression hexagonale.

Oui, passée du blanc royaume de France, révolutionné par l’énergie républicaine bleu, blanc, rouge à celle fédérative du black, blanc, beur, aujourd’hui la France se fond dans le gris.

Un gris qui tapisse nos cerveaux et nos discussions et habille également de plus en plus de tempes.

Demain, en 2060 pour être plus précis, les plus de soixante ans représenteront environ un tiers des Français et les plus de cinquante ans constitueront la base de consommation de la mode, ça promet en « terne » de couleurs.

Cette France, encore la plus vive des vieilles démocraties d’Europe à se reproduire, démontre son inaptitude à organiser le grand âge de manière optimale : emploi des séniors, âge de la retraite, maisons de retraite… que de retraites face à ce qui devrait être l’ultime conquête, que de sujets d’argent face à l’âge d’or de la vie.

Alors profitons des vacances des élus pour mettre en lumière ce que pensent les seniors de ces sujets de réforme ? La parole des silvers est-elle d’or ?

Et commençons par la (grand) mère de toutes les réformes, la retraite.

Les Français de plus de 45 ans estiment que l’âge idéal pour partir à la retraite est de 62 ans en moyenne. L’idéal rime avec le légal, confortable. Les plus jeunes plutôt pour 61 et les plus vieux 63 ans. Fruit de l’expérience ?

Bien que minoritaires ils sont tout de même quatre sur dix à souhaiter repousser leur départ à la retraite pour avoir une pension plus importante et ce de 4 ans en moyenne…donc 66 ans !

Quant à notre créancière l’Europe, elle s’arrête de travailler en majorité autour de 65 ans pour Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Luxembourg, Suisse entre autres ; 66 ans aux Pays Bas et au Royaume Uni pour aller jusqu’à 67 ans en Danemark et en Italie, pays des hommes politiques éternels…si les voyages forment la jeunesse, les frontières déforment la vieillesse.

La France avec ses 62 ans fait exception, comme la Suède et la Norvège.

Une exception qui interroge dans un pays où l’espérance de vie ne fait qu’augmenter et où les Français de plus de 45 ans, déclarent qu’un individu ne devient senior qu’à l’âge de 68 ans…et au-delà de 70 pour les plus âgés d’entre eux…on est loin de la vision des entreprises qui se situe à 45 ans, 50 ans au mieux.

D’autant plus que nos seniors en activité, ne ressentent pas leur âge comme étant un frein à leur travail et se sentent acceptés même si un sur trois craint pour son emploi…le senior bashing bat encore son plein avant une vague de senior washing ?

Pourquoi ne pas donner la liberté de choisir de travailler plus longtemps pour gagner plus, plutôt que d’imposer l’égalité au risque de froisser ce qu’il reste de fraternité dans un pays radicalisé ?

Quant à l’héritage, autre sujet « en vacances », 70 % des plus de 50 ans y ont déjà réfléchi et 18 % ont déjà fait les démarches administratives … tout en étant 81 % à être favorables à une réforme des droits de succession.

Avec des idées très majoritaires.

Neuf seniors sur dix souhaitent voire supprimer les droits de succession sur la résidence principale, augmenter l’exonération pour les enfants (actuellement fixée à 100 000 euros), exonérer les biens immobiliers jusqu’à 300 000 euros, permettre une exonération jusqu’à 200 000 euros pour les petits enfants.

Huit sur dix sont pour une exonération pour les lignes indirectes, pour les entreprises familiales.

Des paroles d’or sur ces sujets d’argent ? C’est la parole des seniors, en souhaitant qu’elles alimenteront les débats de nos élus sous les ors de la République, un jour peut-être où alors plus certainement demain…


Source : étude CSA Senior Vox mars 2022, échantillon national représentatif de 1206 Français de plus de 45 ans.

Yves Del Frate est Président de l’institut CSA depuis 2018, il a commencé sa carrière dans la création publicitaire avec Jacques Séguéla, il fonde et dirige l’une des principales agences créatives d’Havas à Paris avant de passer dans la branche media du groupe.


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Cet article a été publié par la Rédaction le

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