Placée en liquidation judiciaire, la résidence services Hermine by Heurus de Vitré laisse ses habitants sans solution du jour au lendemain. Derrière cette fermeture, c’est toute la fragilité économique du modèle des résidences seniors privées qui refait surface, entre difficultés financières du groupe et manque d’anticipation.

- La résidence services de Vitré a été brutalement liquidée, contraignant seniors, étudiants et salariés à quitter les lieux dans l’urgence.
- Privés de services essentiels, les résidents se retrouvent dans une situation de grande précarité, avec un délai très court pour se reloger.
- La mairie s’est mobilisée en urgence pour éviter une coupure d’eau et d’électricité et accompagner les habitants vers des solutions temporaires.
- Le groupe Heurus traverse des difficultés financières depuis 2025, avec plusieurs résidences en redressement ou fermées faute de rentabilité.
- Cette situation met en lumière les fragilités du modèle économique des résidences seniors, dépendant d’un taux de remplissage élevé pour survivre.
Heurus : à Vitré, des résidents pris de court
“On se retrouve expédiés du jour au lendemain”. Cette résidente peine à y croire : la résidence services Hermine by Heurus située à Vitré (Ille-et-Vilaine) vient d’être placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Nantes. Elle hébergeait également 65 étudiants et salariés, contraints eux aussi de quitter leur logement. Les seniors assistent, impuissants, à la suppression brutale des services à la personne. Il leur reste peu de temps avant de trouver un nouveau logement… au risque de se retrouver à la rue.
Depuis plusieurs jours, le maire de la ville, Pierre Léonardi, se pose en véritable médiateur et s’efforce d’éviter une aggravation de la situation en tentant d’empêcher une coupure d’eau et d’électricité au sein de la résidence, le temps de trouver des solutions de relogement pour chacun. Une large mobilisation de la municipalité, qui peine à effacer le manque d’anticipation du Groupe.
Le groupe Heurus en difficulté
Derrière la fermeture brutale de la résidence de Vitré se profile une situation financière plus largement dégradée pour le groupe Heurus. Dès janvier 2025, plusieurs de ses résidences seniors sont placées en redressement judiciaire, signe de fragilités déjà bien installées. Depuis, d’après Franceinfo, certaines résidences ont “trouvé une solution”, d’autres ont changé d’exploitant, tandis que trois d’entre elles, à l’image de celle d’Angers, ont définitivement fermé leurs portes.
Pourtant, en 2024, le groupe affichait encore des ambitions fortes, avec un repositionnement vers un modèle intergénérationnel et un objectif de développement à l’échelle nationale. Une stratégie présentée comme une réponse aux limites d’un modèle de résidences seniors déjà jugé « en suspension » et en perte de vitesse sur le marché.
La résidence de Vitré n’est autre qu’une victime supplémentaire de difficultés structurelles déjà présentes au sein du groupe. Son modèle économique n’a pas résisté à un taux de remplissage trop faible : elle ne comptait que 19 seniors pour 80 places, un niveau insuffisant pour assurer sa rentabilité, selon la directrice générale du groupe, Catherine Labardan.
En se recentrant sur les résidences jugées les plus viables et en abandonnant celles dont l’équilibre économique semble hors d’atteinte, le groupe s’inscrit dans une logique de survie. Une stratégie classique en période de crise, qui laisse sur le carreau des résidents et des salariés. Si la solidité du modèle économique du groupe est désormais remise en question, la multiplication des fermetures d’établissements révèle des fragilités structurelles qui dépassent le seul cas d’un établissement ou d’un groupe isolé.
Résidences seniors : un modèle encore fragile ?
Pour fonctionner, ces structures doivent atteindre un taux de remplissage élevé, condition indispensable à leur rentabilité. À Vitré, avec seulement 19 seniors pour 80 places, l’équilibre financier était devenu impossible à maintenir. Le concept même de ces résidences, souvent présenté comme une alternative entre le domicile classique et l’EHPAD, peine encore à trouver son public. Malgré un positionnement pertinent sur le papier, ces résidences peinent à atteindre un taux d’occupation suffisant. L’idée d’un habitat intergénérationnel, mêlant seniors, étudiants et jeunes actifs, n’a pas suffi à compenser le manque de résidents âgés, pourtant au cœur du modèle économique.
À cela s’ajoutent des coûts de fonctionnement particulièrement élevés : entre les investissements immobiliers, les services à la personne et les charges d’exploitation, ces structures nécessitent plusieurs années avant d’atteindre un seuil de rentabilité. Une réalité qui pose, en filigrane, la question de la sécurisation de ces parcours de vie et de l’encadrement d’un secteur encore en construction. En attendant, les résidents, eux, continuent de chercher dans l’urgence une solution d’hébergement, sans garantie de stabilité pour les jours à venir.
Cet article a été publié par la Rédaction le
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