[Tribune] Alain Baranès (Mobicap) : « Virage domiciliaire : l’heure de l’action »

AUTRES ACTUS ET INFORMATIONS SUR : MAINTIEN A DOMICILE

Le dernier rapport de la DREES le confirme : d’ici 2050, la France comptera plus d’un million de personnes âgées supplémentaires en perte d’autonomie. Cette trajectoire est connue de longue date. Comme le rappelle régulièrement Romain Gizolme, nous ne manquons ni de diagnostics ni d’alertes. Ce qui fait défaut aujourd’hui, ce sont des réponses opérationnelles, capables d’être déployées à la hauteur de l’urgence démographique. Une tribune d’Alain Baranès, Directeur Général et cofondateur de MOBICAP.

Alain Baranès
Directeur Général et cofondateur de MOBICAP

Un système à bout de souffle

Car cette évolution se heurte à un système déjà sous forte tension. Les établissements sont saturés, les recrutements sont difficiles, les délais d’entrée s’allongent. Le maintien à domicile, tel qu’il est majoritairement pratiqué, atteint lui aussi ses limites : logements inadaptés, isolement social, charge croissante pour les aidants, complexité pour les collectivités qui doivent coordonner des interventions multiples. Continuer à opposer domicile et établissement n’est plus pertinent. Il est temps de penser à une troisième voie.

Du discours aux actes : donner un contenu au virage domiciliaire

Le « virage domiciliaire » est désormais largement partagé dans les discours publics. Encore faut-il lui donner un contenu concret. Rester chez soi ne peut pas signifier rester seul dans un logement inadapté, au prix d’une dépendance accrue aux aidants et d’un risque de rupture de parcours. À l’inverse, entrer en établissement ne devrait pas être la seule réponse dès l’apparition des premières fragilités.

Même en situation de dépendance, la majorité des personnes âgées expriment un même souhait : rester actrices de leur quotidien, préserver leur autonomie, leur dignité et leur lien social. Cela suppose des solutions d’habitat pensées dès l’origine pour le grand âge : accessibles, sécurisées, évolutives, mais aussi insérées dans leur environnement et connectées aux services de soins et d’accompagnement.

Une solution intermédiaire rapidement déployable

Ces formes d’habitat adapté, lorsqu’elles sont conçues de manière sobre et industrialisable, peuvent être déployées en quelques mois, là où les infrastructures lourdes nécessitent souvent plusieurs années. Elles offrent une réponse intermédiaire, immédiatement mobilisable par les collectivités, complémentaire des politiques Grand Âge existantes. Elles permettent d’éviter des entrées précoces en établissement, de soulager les aidants et d’optimiser l’usage des ressources publiques, dans un contexte budgétaire contraint.

Un impératif d’action

Le défi du vieillissement n’appelle pas une solution unique, mais un changement d’échelle. Construire des logements adaptés, ce n’est pas seulement répondre à un besoin technique ; c’est préserver une capacité de choix, une citoyenneté et une place dans la société. À l’heure où les besoins explosent, la question n’est donc plus de savoir s’il faut agir, mais avec quels modèles éprouvés, soutenables et rapidement déployables sur les territoires.

Le virage domiciliaire n’est pas une option idéologique. C’est une nécessité immédiate, sociale autant qu’économique. À condition de passer enfin du principe à l’action en proposant des logements adaptés en grand nombre et avec des loyers accessibles au plus grand nombre.

Cet article a été publié par la Rédaction le

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