Face au vieillissement de la population et à la pression financière sur les familles, le viager revient au cœur des débats. Loin des idées reçues, il apparaît comme un levier d’autonomie pour les seniors et d’équilibre pour leurs proches. Une tribune signée Brigitte Courgeon, fondatrice de Célestina Formations, unique organisme de formation en France à dispenser une formation diplômante et certifiante sur les « techniques de vente en viager ».

A l’heure où la population française vieillit à un rythme inédit, il devient indispensable d’aborder cette question avec lucidité et bienveillance. Les parents avancent en âge, les besoins augmentent, les retraites s’érodent et la charge financière repose de plus en plus sur les enfants. Du fait d’incompréhensions et de croyances infondées, le recours des ainés au viager suscite parfois des tensions, pouvant aller jusqu’aux tribunaux, alors qu’il a pour principal objectif de garantir aux seniors une fin de vie digne, choisie et auto-financée.
Maintien à domicile, un enjeu central
Plus de 90 % des seniors expriment leur volonté de rester chez eux et la réalité économique est implacable : un Ehpad coûte en moyenne 2 120 à 2 600 € par mois, bien au-delà des pensions de retraite, qui tournent autour de 1 200 à 1 900 € brut selon les profils. Mais rester chez soi a un coût : 14 596 € par an en moyenne pour bien vieillir à domicile entre 65 et 85 ans, soit plus de 1 200 € par mois, et plus de 2 000 € après 85 ans.
Dans ce contexte, les retraités voient leur niveau de vie s’éroder depuis cinq ans : inflation, hausse des dépenses contraintes, stagnation des pensions, reste à charge élevé sur la santé. Beaucoup ont aidé leurs enfants pendant des décennies : en 2023, les plus de 60 ans ont versé 7 milliards d’euros à leurs enfants, et le même montant à leurs petits-enfants. Mais venir en aide à ses descendants ne doit pas se faire au prix de sa propre fin de vie. À cette pression s’ajoute celle que subissent… les enfants.

11 millions de personnes soutiennent matériellement ou financièrement un parent âgé
Payer les aides à domicile, contribuer aux frais de santé, financer un Ehpad lorsque le parent ne le peut plus : la charge est lourde, financièrement comme émotionnellement. Beaucoup d’enfants se retrouvent à jongler entre carrière, enfants, crédit immobilier… et devoir d’assistance. Dans certains cas, ils doivent même verser une obligation alimentaire, sous peine de sanctions.
C’est ici que le viager prend tout son sens. Trop souvent caricaturé, parfois mal compris, il est d’abord un contrat de protection. Le bouquet et les rentes mensuelles permettent au senior de financer ses besoins : travaux d’adaptation, services à domicile, aménagements de sécurité, confort, loisirs, ou tout simplement une meilleure qualité de vie. Et, contrairement à une idée répandue, il n’a aucune obligation d’en informer ses enfants : tant que la personne est vivante, elle dispose librement de son patrimoine. Les enfants ne deviennent héritiers… qu’au décès. Avant cela, le bien appartient au parent, et à lui seul.
Un geste de protection envers les enfants, et non un acte de dépossession
On croit souvent que la décision de vendre en viager lèse les enfants. En réalité, personne n’est « dépossédé », car on ne devient héritier qu’au décès du parent. Tout ce qui précède relève encore de sa liberté, de ses choix, de sa vie. Les données démographiques et économiques montrent d’ailleurs que les seniors vivent désormais beaucoup plus longtemps – l’espérance de vie atteignant 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes en 2025 – ce qui signifie que les enfants héritent souvent tard, parfois au-delà de la soixantaine.
Choisir le viager n’est pas un acte contre ses enfants, mais pour eux. C’est une démarche de responsabilité familiale. Il permet au senior de financer lui-même son autonomie, d’éviter que ses enfants ne soient mis en difficulté financière, d’empêcher que les dépenses liées à la vieillesse ne viennent perturber l’équilibre budgétaire de leurs propres familles.
Dans beaucoup de familles, loin de fragiliser la transmission, le viager permet au contraire de la préserver : car ce que l’on transmet finalement, au-delà des biens, ce sont des relations apaisées.
Brigitte Courgeon,
Fondatrice de Célestina Formations
Cet article a été publié par la Rédaction le
Newsletter de la Silver Economie et du Bien-Vieillir :
L'essentiel du secteur à ne pas manquer !



