[TRIBUNE] Services à domicile : 2026, l’année de tous les défis

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L’année 2025 a marqué un tournant majeur avec l’entrée en vigueur de réformes majeures et la fin des principaux dispositifs de financement de la transformation numérique. En 2026, le défi n’est plus celui de la réforme, mais celui de l’exécution. Les structures doivent absorber une complexité croissante, au risque d’accélérer les mouvements de concentration et la fragilisation des plus petites d’entre elles. Une tribune signée par Julie Beausir, consultante en stratégie, transformation et performance et coach professionnel chez Xelya.

Julie Beausir, consultante en stratégie, transformation et performance et coach professionnel chez Xelya
Julie Beausir,
consultante en stratégie, transformation et performance
et coach professionnel chez Xelya

Entre mutation réglementaire et transformation digitale, les structures d’aide à domicile entrent dans une nouvelle ère

L’année 2025 restera celle d’une transformation majeure pour les services d’aide à domicile accompagnant personnes âgées et personnes en situation de handicap. Le 1er août, le décret de la réforme des SAD est entré en vigueur, transformant ces structures en services autonomie à domicile et imposant de nouvelles obligations structurantes : la fusion recommandée avec les services de soins infirmiers pour garantir la fluidité des parcours, la coordination renforcée avec l’ensemble des partenaires sanitaires et médico-sociaux, et l’équipement obligatoire en logiciels conformes répondant à des spécifications techniques strictes en matière de sécurité et d’interopérabilité.

Pour autant, cette année a aussi annoncé la clôture du programme ESMS numérique et du SONS 1, dernier dispositif de financement de la transformation digitale, laissant les structures face à leurs nouveaux outils avec des moyens d’accompagnement désormais limités.

Parallèlement, la réforme de l’évaluation qualité HAS (Haute Autorité de Santé) s’est généralisée. Et, si l’évaluation qualité nouveau format reste le premier pas d’une démarche d’amélioration continue, la note attribuée reste affichée publiquement sur le site de l’HAS pendant cinq ans, avec un impact réputationnel considérable.

2025, vers une intégration dans le parcours de santé

2025 a aussi marqué la reconnaissance des services à domicile comme acteurs à part entière dans l’écosystème sanitaire et social qui gravite autour des personnes en situation de fragilité. Le programme Ségur du numérique en santé, initié en 2021, leur a permis d’accéder progressivement aux outils de partage d’informations, communs entre les acteurs médicaux, sociaux et médico-sociaux. L’objectif vise à faire des intervenants, qui voient quotidiennement les personnes accompagnées, des acteurs clés de la coordination des parcours.

Car qui, mieux que l’auxiliaire de vie présent chaque jour, peut remonter des informations cruciales sur l’état de santé d’une personne ? La télégestion obligatoire des interventions s’inscrit dans cette logique de fluidification et de traçabilité. Cette évolution a été confirmée par l’inscription des professionnels médico-sociaux au RPPS+ (Répertoire Partagé des Professionnels sanitaires, médico-sociaux ou sociaux intervenant dans le système de santé), leur donnant bientôt accès aux documents utiles à la prise en charge qui seront partagés entre professionnels via le DMP (dossier médical partagé) ou la MSS (messagerie Sécurisée de Santé).

2026 : le défi de l’exécution opérationnelle

Les structures qui n’ont pas pleinement pris conscience des transformations en cours se trouvent aujourd’hui en situation d’urgence. Et pour celles qui ont anticipé, l’heure est à l’optimisation et à l’appropriation des nouveaux outils. Autrement dit, l’enjeu de 2026 se résume en un mot : exécution. Et pour y parvenir, le défi est triple.

  1. Organisationnel : co-construire avec professionnels et usagers des projets de service, CPOM, procédures qualité, et structurer la gestion des risques tout en maintenant l’accompagnement représente un chantier colossal pour les petites structures.
  2. Technologique : les structures n’exploitent en moyenne que 30 % des fonctionnalités de leurs logiciels, passant à côté de gains considérables en traçabilité, communication et automatisation.
  3. Humain : la professionnalisation impose des qualifications et compétences nécessitant un investissement conséquent en formation.

Face à cette complexité, deux stratégies émergent. Les structures de taille significative ou appartenant à des groupements disposant d’une expertise médico-sociale internalisent les fonctions qualité et système d’information. Les autres font appel à des cabinets de conseil spécialisés. Mais cette externalisation a un coût, parfois difficile à absorber pour des structures dont les marges sont traditionnellement faibles.

Vers une concentration et une normalisation croissante du marché

Par conséquent, on observe que nombre de petites structures indépendantes, incapables de supporter seules le poids de ces transformations, se font racheter par des acteurs plus grands. Certaines, à l’inverse, choisissent de renoncer à leur autorisation d’intervention auprès des publics fragiles pour se recentrer sur les services à la personne (SAP) sans dépendance (ménage, garde d’enfants), moins réglementée. Quelques-unes, plus rares, déposent le bilan. Pourtant, tout n’est pas perdu pour les petites structures. Celles qui parviennent à se spécialiser – accompagnement de nuit, interventions en zone rurale, publics spécifiques – trouvent leur place.

La tendance est claire, le marché tend vers une normalisation croissante. Le référentiel HAS évoluera tous les cinq ans. À long terme, il est prévisible que le système d’évaluation qualité des ESSMS évolue vers un système de certification, semblable à celui des établissements médicaux, qui conditionnerait la possibilité d’exercer l’activité. Le SONS 2 (fin 2026-début 2027) apportera une nouvelle montée de version des logiciels, et l’interopérabilité via Via Trajectoire poursuivra son déploiement. Et pour absorber cette complexité réglementaire et technologique, la question du financement reste centrale ; le secteur a besoin de moyens humains et financiers.

Ces évolutions, aussi exigeantes soient-elles, servent un objectif louable : améliorer la qualité et la sécurité de l’accompagnement des personnes fragiles, avec davantage de coordination entre professionnels et de continuité dans les parcours. 2026 s’annonce ainsi une année charnière.

Julie Beausir,
consultante en stratégie, transformation et performance et coach professionnel chez Xelya

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