[TRIBUNE] Loi grand âge : combien de reports avant d’assumer la réalité démographique ?

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Alors que le vieillissement de la population française s’accélère et que les besoins d’accompagnement explosent, le nouveau report de la Loi grand âge interroge la capacité de l’État à anticiper les transformations démographiques en cours. Derrière les arbitrages budgétaires, ce sont des millions de familles, de professionnels et de personnes âgées qui attendent des décisions structurantes et durables. Une tribune signée Loïc Gobé, président de la FESP.

loi grand âge FESP

La France vieillit, le gouvernement le sait. Il le mesure… Pourtant, la Loi grand âge est, une nouvelle fois, reportée.

À force d’ajourner les décisions structurantes, nous installons un décalage préoccupant entre les discours sur la transition démographique et les actes qui devraient en découler. Cette situation n’est plus seulement institutionnelle : elle concerne concrètement des millions de familles, de professionnels et de personnes âgées qui attendent un cadre clair, stable et ambitieux.

La baisse de la natalité, qui s’accélère, n’est pas un indicateur abstrait. Elle fragilise l’équilibre de notre système de retraites, réduit le renouvellement des générations actives et affaiblit, à moyen terme, notre capacité collective à financer la solidarité nationale. Dans ce contexte, différer la Loi grand âge revient à différer l’adaptation de notre modèle social à une réalité pourtant parfaitement identifiée.

Nous ne pouvons pas, d’un côté, alerter sur les tensions pesant sur notre système social et, de l’autre, repousser les réformes destinées à y répondre.

Des choix politiques en décalage avec les réalités sociales et économiques

Selon la DREES, la France comptait 2,0 millions de personnes âgées en perte d’autonomie en 2021 ; elles seront 2,8 millions en 2050. Cette progression massive pose une question simple et déterminante : qui accompagnera nos aînés demain, et dans quelles conditions ?

L’enjeu dépasse la seule statistique. Il est humain, professionnel et territorial. L’augmentation du nombre de personnes âgées implique un besoin croissant de professionnels formés, reconnus et soutenus pour assurer un accompagnement quotidien de qualité.

La majorité des Français exprime le souhait de vieillir à domicile, dans un environnement familier, entouré de ses proches. Le maintien à domicile est devenu une aspiration centrale. Or, sans cadre législatif stabilisé, sans financements pérennes et sans reconnaissance renforcée des métiers, ce choix risque de devenir inégal selon les territoires et les ressources des familles.

Accompagner les personnes à domicile, c’est retarder les hospitalisations et les placements en EPHAD qui coutent beaucoup plus cher. Le grand âge doit être apprécié dans une vision de parcours et appréhender tous les acteurs. C’est ainsi s’inscrire dans une démarche rationnelle et économique à terme. C’est également créer des emplois et maintenir le lien et la nécessaire cohésion sociale et territoriale dont nous avons besoin.

Reporter encore la Loi grand âge, c’est envoyer un signal d’incertitude aux entreprises, aux salariés, aux candidats aux métiers du domicile et aux familles. C’est freiner les recrutements, décourager les vocations et retarder l’adaptation indispensable de notre organisation collective.

Les services à la personne : une réponse structurante aux défis démographiques

Les services à la personne répondent déjà, concrètement, aux besoins des Français à chaque étape de la vie. De la garde d’enfants à l’accompagnement des personnes âgées, ils permettent le maintien dans l’emploi des parents, soutiennent la complémentarité des modes d’accueil et rendent possible le maintien à domicile des personnes en perte d’autonomie.

Ces métiers, profondément ancrés dans les territoires sont au cœur du fonctionnement quotidien de notre société. À mesure que le vieillissement s’intensifiera, leur rôle deviendra encore plus stratégique. L’annonce d’un pilotage du plan grand âge au niveau interministériel, désormais coordonné par Matignon, constitue à cet égard un signal important. La prise en compte du vieillissement par l’ensemble des ministères concernés (solidarités, santé, travail, logement, finances publiques) traduit une approche globale et cohérente.

Pour autant, la poursuite des travaux annoncée et la concertation prévue au printemps devront s’inscrire dans un calendrier clair et déboucher sur des arbitrages rapides, opérationnels et financés. L’enjeu n’est plus seulement d’organiser la coordination entre ministères, mais de traduire cette ambition en décisions concrètes, territorialisées et sécurisées dans la durée.

Il est temps d’assumer une vision de long terme. La Loi grand âge ne peut plus être une promesse différée. Elle doit devenir le socle d’une politique cohérente, anticipatrice et pleinement alignée avec les réalités démographiques. Au nom des entreprises et des professionnels que nous représentons, j’appelle à une décision claire et rapide. Il en va de la crédibilité de notre capacité collective à organiser la solidarité nationale et à garantir à chacun la possibilité de vieillir dignement.

Loïc Gobé, président de la FESP

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