Retour sur le LAB OCIRP Autonomie « Pour une écologie du soin »

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Face aux mutations démographiques et aux limites d’un système de protection sociale centré sur l’offre, l’écologie du soin propose une approche à la fois humaniste et systémique. Inspirée par l’expérience du Village Alzheimer de Dax et portée par la Fondation OCIRP, cette démarche invite à repenser le « prendre soin », en plaçant la personne au cœur de l’action, et à conjuguer solidarité collective et réponses individualisées. Retour sur le LAB OCIRP Autonomie « Pour une écologie du soin ».

lab ocirp pour une écologie du soin
  • L’écologie du soin place la personne au centre, en tenant compte de son environnement, sa famille et ses proches, plutôt que d’imposer des solutions uniformes.
  • Elle privilégie une approche éco-systémique, coordonnant professionnels, institutions et famille pour créer des dispositifs intégrés.
  • La proximité et l’individualisation sont essentielles, avec des antennes locales et des solutions domiciliaires ou intermédiaires adaptées.
  • La réforme organisationnelle et la formation favorisent l’interdisciplinarité et la coopération entre les métiers du soin.
  • Cette démarche combine vision éthique et programme durable, en intégrant finances, ressources humaines et responsabilité collective.
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L’écologie du soin, naissance d’une nouvelle approche

Jean-Manuel Kupiec, directeur du LAB OCIRP Autonomie, ouvre la session en rappelant le contexte de publication de Pour une écologie du soin aux Éditions de l’Atelier, en février 2026. L’ouvrage, coordonné par Anne Dhoquois et dirigé par Marie-Anne Montchamp, propose une réflexion sur le choc démographique et les contraintes financières qui pèsent sur le système de protection sociale français.

marie-anne montchamp

« L’idée d’écologie du soin suggère qu’au lieu d’imaginer une organisation normative de la protection sociale, nous repartions de la personne. »

Marie-Anne Montchamp, Directrice générale de l’OCIRP

Le livre souligne le manque de vision globale sur le grand âge et la complexité de la gouvernance, qui freine tant les professionnels que les bénéficiaires. L’écologie du soin apparaît alors comme une démarche visant à concilier protection universelle et réponses individualisées, en prenant en compte les situations personnelles et familiales.

Marie-Anne Montchamp insiste sur l’importance d’un cadre alternatif au soin classique : « Prendre soin, ça ne doit pas signifier imposer un remède tout fait – un remède qui ne fera pas de miracle – mais d’abord écouter la personne, prendre en compte son écologie, son écosystème, sa famille, ses proches aidants. » Le concept est né des États généraux de l’écologie du soin, organisés au Village Alzheimer Henri Emmanuelli à Dax, où la liberté, la bienveillance et l’adaptation à l’environnement illustrent concrètement cette philosophie. L’approche éco-systémique dépasse la théorie : elle vise l’opérationnalité dans le soin complexe.

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Comprendre l’écologie du soin

Stéphane Le Bouler, président de LISA, décrit l’écologie du soin comme une alternative aux modèles traditionnels, centrés sur l’infrastructure et la médicalisation des établissements tels que les EHPAD. Il insiste sur la nécessité de refaire communauté autour des personnes fragiles et de dépasser la division excessive du travail médical et paramédical.

Stéphane Le Bouler, Président de LISA

« Aujourd’hui, le défi de l’écologie du soin, c’est de refaire communauté auprès des personnes âgées, en situation de handicap ou d’autres personnes fragiles. »

Stéphane Le Bouler, Président de LISA

Roland Dysli, président de l’AIRe, illustre ce principe à travers l’expérience des Instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques (ITEP), créés pour offrir une réponse souple et adaptée aux enfants et adolescents avec troubles psychologiques. L’objectif : travailler avec l’enfant et son écosystème, dépasser les cloisonnements institutionnels et privilégier la logique de dispositif plutôt que celle d’établissement.

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Marie-Anne Montchamp souligne que la santé mentale illustre bien la pertinence de l’approche : les stratégies normatives et descendantes échouent face à des besoins complexes, intriqués à des facteurs sociaux et environnementaux. La réponse individualisée, contextualisée et respectueuse des choix de la personne devient alors essentielle.

Les impasses du système actuel

Les intervenants pointent l’extrême fragmentation du système médico-social français. Stéphane Le Bouler évoque un « cercle vicieux néo-bureaucratique », où chaque métier cherche à s’affirmer tout en créant sans cesse de nouveaux dispositifs de coordination, souvent inefficaces sur le terrain.

  • La prise en charge des personnes âgées repose sur des structures disparates : SSIAD, infirmières libérales, services d’aide à domicile.
  • La coordination est inégale selon les territoires, générant des ruptures de parcours.
  • L’empilement des organisations maintient des couches bureaucratiques coûteuses et peu agiles.

Roland Dysli illustre les ruptures pour les enfants : un même jeune peut être suivi par cinq institutions différentes, ce qui fragilise sa scolarité et sa stabilité familiale.

Roland Dysli, Président de l’AIRe

« L’écologie du soin est une question éminemment éthique. C’est une éthique de la responsabilité collective autour des enfants que l’on accompagne. »

Roland Dysli, Président de l’AIRe

Marie-Anne Montchamp rappelle que ces impasses concernent tous les types de soins, notamment lors de sorties d’hospitalisation psychiatrique, où l’absence d’accompagnement peut provoquer de nouvelles crises et alourdir le déficit social.

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Applications concrètes de l’écologie du soin

Le concept prend forme à travers des pratiques concrètes :

  • Formation intégrée : modules communs pour les métiers paramédicaux afin de favoriser la coopération et la compréhension mutuelle.
  • Proximité géographique : création d’antennes locales pour limiter les déplacements et mieux suivre les personnes.
  • Design social : adaptation des trajets et dispositifs pour respecter le rythme et les besoins des usagers, notamment les enfants.
  • Accompagnement domiciliaire : organisation des services pour reproduire un environnement de domicile, plutôt qu’imposer des contraintes institutionnelles.

« Dans la logique du prendre soin, du care, l’OCIRP a créé l’application Aglaée, pour donner un support solide à une réponse agencée aux besoins de nos concitoyens qui se trouvent dans des situations complexes. »

Marie-Anne Montchamp, Directrice générale de l’OCIRP

Ces initiatives montrent que l’écologie du soin n’est pas un concept abstrait, mais un cadre opérationnel capable de transformer les pratiques des professionnels et des institutions.

Propositions et perspectives

Face à l’augmentation prévue des personnes en perte d’autonomie (700 000 à 800 000 supplémentaires d’ici 2050), les solutions industrielles classiques sont insuffisantes. Stéphane Le Bouler propose trois axes :

  • Maintien du même taux d’institutionnalisation (création massive de places en EHPAD) – difficilement réalisable.
  • Prise en charge majoritairement à domicile, nécessitant un équipement adapté.
  • Développement du logement intermédiaire, offrant un compromis entre autonomie et encadrement.

Les enjeux principaux sont :

  • Financier : élargir la base de financement pour éviter les solutions bas de gamme.
  • Programmation : dépasser la dyarchie Conseil départemental / ARS pour une planification agile.
  • Ressources humaines : recrutement et renouvellement massif du personnel.

Roland Dysli plaide pour la reconnaissance réglementaire des dispositifs intégrés et pour la confiance dans les acteurs locaux : « Ce qui est en jeu, c’est la confiance placée dans les acteurs, dans leur maturité et leur capacité à agencer des solutions dans une approche éco-systémique. »

Marie-Anne Montchamp conclut sur l’importance de sortir de la logique de tâches et de reconnaître l’œuvre soignante : « L’écologie du soin est un modèle alternatif qui vient compléter ce que le modèle historique peine à faire. Parmi ses vertus, il y a celle de proposer une nouvelle économie de la santé, fondée sur une vision sans doute plus raisonnée et raisonnable de la pertinence du soin et du prendre soin. » Cette démarche, alliant éthique, pratique et régulation, pourrait constituer un véritable levier pour un système de protection sociale plus humain et durable.

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