D’ici 2050, la France comptera près de 23 millions de personnes âgées de 60 ans ou plus, dont plusieurs centaines de milliers en perte d’autonomie. Selon la Drees, maintenir les pratiques actuelles supposerait la création massive de places en Ehpad, une montée en puissance de l’habitat intermédiaire et jusqu’à 200 000 recrutements supplémentaires dans le secteur du grand âge. Des besoins chiffrés et documentés, alors même que le plan grand âge vient une nouvelle fois d’être reporté par le gouvernement.

- La France comptera près de 23 millions de personnes âgées de 60 ans ou plus en 2050, dont 738 000 supplémentaires en perte d’autonomie.
- Maintenir les pratiques actuelles nécessiterait la création de 365 000 places supplémentaires en Ehpad, alors que leur nombre a déjà diminué ces dernières années.
- Sans nouvelles places, les Ehpad se spécialiseraient dans l’accueil des personnes les plus dépendantes, au détriment du lien social et de la qualité de vie.
- L’habitat intermédiaire devrait changer d’échelle rapidement, avec une capacité multipliée par 4,6 et une adaptation forte des structures et des équipes.
- Jusqu’à 200 000 emplois supplémentaires seront nécessaires d’ici 2050, tandis que le plan grand âge reste une nouvelle fois reporté.

Vieillissement : un modèle d’accueil des personnes âgées à bout de souffle
La France vieillit vite. En 2050, près de 23 millions de personnes auront 60 ans ou plus, soit cinq millions de plus qu’en 2021. Parmi elles : 738 000 personnes supplémentaires en perte d’autonomie. Une nette évolution, qui ne fera qu’enfoncer un peu plus un système déjà fragile. C’est le constat tiré par le service statistique du ministère de la Santé (Drees) dans une nouvelle étude relative au soutien à l’autonomie des personnes âgées, dévoilée ce jeudi 5 janvier.
Si l’entrée en Ehpad reste la réponse dominante face à la perte d’autonomie, maintenir les pratiques actuelles supposerait de créer 365 000 places supplémentaires d’ici 2050, en plus des 640 000 existantes en 2021. Un objectif hors d’atteinte, alors même que le nombre de places a “légèrement diminué” entre 2019 et 2023, rappelle la Drees.
Des Ehpad de plus en plus réservés aux situations les plus lourdes
Sans création de nouvelles places, les Ehpad risquent d’évoluer mécaniquement vers une spécialisation accrue. En clair : ils accueilleront presque exclusivement les personnes les plus dépendantes. En 2050, 85 % des résidents seraient en situation de perte d’autonomie sévère, contre 59 % en 2021.

Un risque subsiste : ce glissement pourrait transformer les Ehpad en structures toujours plus hospitalières, centrées sur les soins lourds, allant à l’essentiel et réduisant les interactions sociales et divertissements essentiels au bien-être des résidents. Cette évolution interroge aussi les conditions de travail : plus la dépendance est forte, plus les besoins humains augmentent. Une tension supplémentaire dans un secteur qui peine déjà à recruter et à fidéliser.
L’habitat intermédiaire, grand oublié des politiques publiques
Face à la saturation annoncée des Ehpad, une partie des seniors se reportera, d’après la Drees, vers d’autres solutions. En premier lieu : l’habitat intermédiaire, comme les résidences autonomie. Mais là encore, l’offre reste largement insuffisante.
Si ces structures devaient absorber le choc démographique, leur capacité devrait être multipliée par 4,6 d’ici 2050. Aujourd’hui pensées pour des publics majoritairement autonomes, elles accueilleraient demain 60 % de personnes en perte d’autonomie, contre 26 % actuellement. Ce scénario révèle un angle mort des politiques du grand âge : l’habitat intermédiaire est souvent présenté comme une solution d’avenir, mais reste sous-investi.
Le vieillissement ne pose pas seulement une question de places. Il pose une question de travail. Sans création de places en Ehpad, le nombre de personnes âgées bénéficiant de l’APA et vivant à domicile ou en résidence autonomie augmenterait de plus de 60 % d’ici 2050. Pour accompagner cette évolution, il faudra recruter massivement. Les projections estiment entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires nécessaires pour assurer les soins de base, à domicile comme en établissement. Des métiers essentiels, encore trop souvent précaires et invisibilisés.
Le plan grand âge reporté, un énième rendez-vous manqué
Alors que les projections démographiques et sociales sont sans équivoque, la réponse politique tarde à venir. En France, le tant attendu plan grand âge, promis depuis 2018 par Emmanuel Macron, de nouveau été reporté ce même jour après le départ annoncé de la ministre chargée de l’autonomie, Charlotte Parmentier-Lecocq. Pour l’heure, aucune date n’a encore été annoncée.
Ce report intervient alors même que les besoins explosent. Ils rappellent la nécessité de mettre en place une politique claire d’attractivité des métiers, d’augmentation des moyens humains et de création de places adaptées. Le décalage entre les besoins chiffrés et l’agenda politique traduit une incapacité à faire du vieillissement une priorité, et à l’envisager sur le long terme.
Cet article a été publié par la Rédaction le



