L’accès aux soins est devenu un sujet du quotidien. Le vieillissement de la population le rend encore plus décisif : davantage de maladies chroniques, plus de polyprescriptions, plus de besoins de suivi… dans un système où l’offre reste très inégalement répartie.
> L’hebdo du Vieillissement du Pr Bertrand Fougère : « Accès aux soins : quand “prendre rendez-vous” devient un facteur de perte d’autonomie »
![[L'hebdo du Vieillissement] : Accès aux soins : quand “prendre rendez-vous” devient un facteur de perte d’autonomie](https://www.silvereco.fr/wp-content/uploads/2025/01/bertrand-fougere-1024x576.jpg)
Ce que disent les Français
- 66 % des 50–64 ans et 62 % des 65 ans et plus jugent l’accès aux soins difficile.
- 83 % estiment qu’il s’est dégradé au cours des dix dernières années.
- 59 % déclarent avoir déjà renoncé à des soins.
En population générale, 3,1 % des personnes ont renoncé à des soins médicaux, avec un risque nettement accru en situation de précarité.
Pourquoi ça coince ?
- Les délais et la disponibilité transforment le suivi des maladies chroniques en parcours intermittent.
- La complexité du système, parfois illisible, entraîne des incompréhensions et des ruptures de parcours.
- La mobilité reste déterminante : l’accès réel dépend du transport, de l’accompagnement et du “dernier kilomètre”.
- Le numérique joue un rôle ambivalent : utile quand il complète l’humain, excluant lorsqu’il s’y substitue.
Des pistes d’action, sans coercition
1) Faire du temps médical une ressource à préserver
- Renforcer le travail en équipes coordonnées entre la ville, l’hôpital et le médico-social, et fluidifier l’aval et le retour à domicile.
- Déployer et valoriser les rôles qui font gagner du temps : médiation en santé, coordination, liens ville-social, accompagnement aux droits.
2) Mieux utiliser les compétences disponibles
- Le rôle infirmier est une solution à part entière, pas un plan B.
- Faciliter l’orientation des personnes âgées vers les soins et services à domicile existants (SSIAD, services autonomie, HAD) grâce à un repérage simple.
3) Rendre le système lisible
Généraliser les supports faciles à lire et à comprendre, visuels, traduits, et proposer des ateliers d’accompagnement au numérique.
4) Un numérique utile
- Déployer la téléconsultation lorsqu’elle est accompagnée et qu’elle permet d’éviter un renoncement aux soins.
- Privilégier des outils de navigation (prise de rendez-vous, préparation de consultation, suivi) plutôt que multiplier les plateformes.
Une trajectoire nationale évoque la création d’un réseau de proximité de type “France Santé”, avec un objectif de 5 000 structures labellisées en 2027.
5) Territoires : viser l’égalité des chances
L’enjeu n’est pas d’empiler des dispositifs selon des territoires plus ou moins matures, mais de garantir partout une égalité d’accès aux soins.
Fixons quelques objectifs communs et mesurables, et laissons chaque territoire choisir la combinaison d’outils la plus pertinente.
Ma conviction
On ne résoudra pas l’accès aux soins uniquement par la démographie médicale
La vraie question : comment fabrique-t-on de la continuité (prévention → suivi → traitement → réévaluation) pour des personnes âgées souvent polypathologiques, parfois isolées, et pas toujours à l’aise avec le numérique ?
L’hebdo du Vieillissement est une tribune régulière du Pr Bertrand Fougère
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Bertrand FOUGÈRE
Professeur de Gériatrie
Pôle Vieillissement – Université / CHU ToursBertrand Fougère est Professeur de Gériatrie, depuis 2018 spécialiste reconnu dans le domaine du vieillissement et de la prise en charge des personnes âgées. Fort de son expertise, il collabore régulièrement avec les ministères de la Santé et des Solidarités pour développer des politiques de prévention et d’accompagnement innovantes. Son parcours est marqué par une participation à des initiatives structurantes visant à renforcer l’autonomie et la qualité de vie des personnes âgées, ainsi qu’à soutenir les aidants.
Cet article a été publié par la Rédaction le



