Faute de données officielles, les morts solitaires restent encore largement sous-estimées en France. Face à cette invisibilité statistique, l’association Les Petits Frères des Pauvres annonce la création d’un Observatoire de la mort solitaire, destiné à mieux mesurer l’ampleur du phénomène et à en comprendre les causes. Une initiative qui intervient dans un contexte de vieillissement accéléré de la population et d’isolement croissant des personnes âgées.

- Les morts solitaires restent largement sous-estimées en France, faute de données officielles et de recensement structuré.
- En 2025, l’association Les Petits Frères des Pauvres a recensé 32 cas à partir de la presse, mais estime que le phénomène pourrait concerner plusieurs milliers de personnes chaque année.
- Pour combler ce vide statistique, l’association annonce la création d’un Observatoire de la mort solitaire d’ici fin 2026.
- Si le vieillissement de la population et l’arrivée des baby-boomers dans le grand âge expliquent en partie cette hausse, l’isolement social apparaît comme un facteur central.
- La mort solitaire est presque toujours précédée d’une mort sociale, touchant déjà 750 000 personnes âgées en France, un chiffre qui pourrait dépasser le million d’ici 2030.

Mort solitaire : de 32… à plusieurs milliers de cas ?
Certains sont retrouvés à leur domicile des semaines, des mois, parfois même des années après leur décès. Dans son bilan révélé mardi 27 janvier, l’association des Petits Frères des Pauvres fait état de 32 morts solitaires pour l’année 2025, contre 21 en 2023. Un décompte réalisé à partir des cas relayés par la presse, faute de moyens d’identification : « Personne n’est en mesure de quantifier de façon fiable le nombre annuel de morts solitaires en France », déplore l’association. Selon son délégué général, Yann Lasnier, le bilan serait largement « sous-estimé » : le total pourrait en réalité s’élever à “plusieurs milliers de cas”.
Pour pallier un recensement uniquement médiatique et tenter d’apporter des chiffres officiels, Les Petits Frères des Pauvres annoncent le lancement, d’ici la fin 2026, d’un “Observatoire de la mort solitaire”. L’objectif : révéler l’ampleur d’un phénomène très mal reconnu, loin du sensationnalisme. L’association entend “agir et mobiliser”, pour “mesurer l’ampleur de cette réalité insoutenable”, mais surtout, « en comprendre les causes”. Car si la hausse des morts solitaires s’explique en partie par le vieillissement de la population et l’arrivée des baby-boomers dans le grand âge, elle révèle surtout l’ampleur d’un isolement social devenu structurel.
La mort sociale avant la mort solitaire
Dans leur baromètre 2025 « Solitude et isolement : quand on a plus de 60 ans en France », dévoilé le 30 septembre dernier, Les Petits Frères des Pauvres tiraient une nouvelle fois la sonnette d’alarme et dénoncent une augmentation dramatique de la “mort sociale” en France. Il s’agit là d’une forme d’isolement extrême, où des personnes âgées ne voient presque plus personne et vivent sans liens relationnels, qu’il s’agisse de la famille, des amis ou du voisinage.
Déjà en septembre 2025, les Petits Frères des Pauvres mettaient en lumière les 750 000 personnes âgées souffrant de mort sociale, contre 300 000 en 2017. Un chiffre qui “pourrait dépasser le million” d’ici 2030 si rien n’est fait. L’association continue de mettre le doigt sur une urgence sociale et politique de taille, aux conséquences multiples : dépression, déclin cognitif ou encore aggravation des problèmes de santé au sens large.
Si la mort solitaire choque autant, c’est notamment parce qu’elle interroge la capacité de la société à repérer ses membres les plus vulnérables. Dans la grande majorité des cas, ces décès ne surviennent pas brutalement : ils sont précédés de mois, parfois d’années, d’isolement progressif.
Parmi les plus grandes causes : ruptures familiales, retrait social, et parfois disparition lente des radars médicaux et de voisinage. Avec des médecins traitants débordés, des services sociaux constamment sous tension, et des familles parfois éloignées géographiquement, l’enjeu dépasse largement le recensement statistique. Il s’agit, avec cet Observatoire, de repenser les mécanismes de repérage de l’isolement et d’anticiper au mieux pour lutter contre la mort sociale.
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