[REPLAY] Intelligence artificielle et technologies prédictives au service du bien-vieillir

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Enregistrée au Festival International SilverEco Bien-Vieillir, cette table ronde réunit quatre acteurs de la Silver Économie pour explorer la manière dont l’intelligence artificielle et les technologies prédictives peuvent transformer l’accompagnement des personnes âgées. De la détection précoce des risques à la personnalisation du suivi, les échanges interrogent la capacité de l’IA à prévenir la perte d’autonomie, soutenir les professionnels et préserver le lien humain.

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Des soins réactifs à la prévention : l’IA au service de l’anticipation

Comment repérer les premiers signes d’une dégradation de l’état de santé avant qu’une situation ne devienne une urgence ? C’est l’un des enjeux auxquels répond Deepak Samson, fondateur et CEO d’Ethelcare. Son entreprise a développé une plateforme de soins virtuels à domicile reposant sur l’intelligence artificielle. Son objectif : aider les professionnels à suivre les personnes âgées et à identifier celles qui nécessitent une attention particulière.

La plateforme croise plusieurs sources d’informations : détecteurs de mouvement, prises connectées, capteurs d’ouverture, objets connectés, notes de suivi et questionnaires. Elle peut également prendre en compte différents indicateurs, comme la vitesse de marche, le rythme cardiaque ou la saturation en oxygène. En analysant ces données, la technologie cherche à repérer les changements dans les habitudes quotidiennes et les éventuels signes de dégradation de l’état de santé. L’IA fait ainsi ressortir les comportements inhabituels et aide les professionnels à hiérarchiser leurs interventions, sans leur imposer d’examiner individuellement chaque donnée.

Deepak Samson, fondateur et CEO d’Ethelcare

« Nous avons besoin d’une IA capable de passer au crible toutes ces données et de nous dire : voici les dix personnes sur lesquelles vous devez vraiment vous concentrer maintenant, parce qu’elles présentent un risque de dégradation de leur état de santé »

Deepak Samson, fondateur et CEO d’Ethelcare

Pour Deepak Samson, l’enjeu ne consiste plus seulement à collecter des informations, mais à les rendre exploitables par les équipes de terrain. Face à l’augmentation des besoins et au manque de ressources, les professionnels doivent pouvoir identifier rapidement les personnes qui nécessitent une intervention prioritaire. Le dirigeant pointe également une difficulté structurelle : les modèles de financement actuels rémunèrent davantage les soins dispensés une fois le problème apparu que les actions permettant de prévenir une dégradation. Le développement des technologies prédictives suppose donc de faire évoluer non seulement les outils, mais aussi l’organisation et le financement de l’accompagnement.

Cette table ronde est enregistrée en anglais

L’IA pour accompagner les professionnels et mieux comprendre les besoins des résidents

L’intelligence artificielle peut également transformer le quotidien des professionnels du soin et de l’accompagnement. Julia Halilovic, Commercial Sales Lead chez Voize, présente une solution destinée à réduire leur charge administrative. L’application utilise la reconnaissance vocale pour transformer les observations formulées par les soignants au chevet des patients en comptes rendus structurés. Les informations peuvent ensuite être transférées dans le dossier informatisé du patient, limitant ainsi le temps consacré à la saisie manuelle.

Voize annonce un gain de temps de 27 % pour les professionnels. L’entreprise indique que sa plateforme traite entre 2,5 et 3 millions de saisies chaque semaine et s’appuie sur des modèles de langage développés spécifiquement pour le secteur du soin. Au-delà de la transcription, l’IA peut analyser les informations consignées, repérer des évolutions récurrentes et aider les équipes à déterminer si le projet de soins d’un résident doit être adapté. Pour Julia Halilovic, il ne s’agit pas de remplacer les professionnels, mais de leur permettre de consacrer davantage de temps aux personnes accompagnées.

Jean-Luc Michoud, CEO de Healthcare Wireless Inc

« Nous ne pouvons pas remplacer des personnes que nous n’avons de toute façon pas »

Jean-Luc Michoud, CEO de Healthcare Wireless Inc

Charlotte Bowen, Sales Director chez Pontosense, présente une autre approche du suivi de la santé et de la sécurité des personnes âgées. La technologie SilverShield repose sur des capteurs radar capables de collecter des informations sur les mouvements, la mobilité, la vitesse de marche ou encore la respiration, sans recourir à des caméras ni à des dispositifs d’enregistrement audio. Initialement développée autour de la détection des chutes, la solution évolue vers une logique davantage préventive : elle cherche à repérer les changements dans les habitudes d’une personne afin d’identifier d’éventuels risques. Son tableau de bord Wellness Dashboard classe les situations selon un système de feux tricolores et attire l’attention des professionnels sur des évolutions comme une modification de la respiration, des réveils nocturnes plus fréquents ou des chutes.

La technologie doit renforcer l’accompagnement humain, pas le remplacer

Pour Jean-Luc Michoud, CEO de Healthcarewireless Inc, l’enjeu consiste à faire converger les différentes technologies utilisées dans les établissements au sein d’une infrastructure cohérente. Sa solution associe le Wi-Fi, des systèmes de localisation infrarouge et des objets connectés portés par les résidents afin de suivre leurs habitudes quotidiennes. Après une première phase d’apprentissage d’environ une semaine, le système peut repérer des changements dans les rythmes de sommeil, les prises de repas, les passages aux toilettes ou les déplacements. L’intelligence artificielle aide ensuite les équipes à détecter les comportements inhabituels et à intervenir lorsque cela devient nécessaire. Jean-Luc Michoud insiste également sur l’interopérabilité : les établissements doivent pouvoir s’appuyer sur des systèmes intégrés plutôt que sur une multitude d’outils indépendants.

Charlotte Bowen, Sales Director chez Pontosense

« Nous collectons de nombreux types d’informations, le tout à l’aide d’un seul de nos capteurs »

Charlotte Bowen, Sales Director chez Pontosense

L’entreprise avance des résultats de 64 % de chutes en moins et de 35 % d’hospitalisations en moins. Présentés par Jean-Luc Michoud lors de la table ronde, ces chiffres illustrent, selon lui, le potentiel des données pour anticiper les risques et adapter l’accompagnement. Le dirigeant rappelle toutefois que la technologie doit rester un outil au service des professionnels, et non se substituer à la relation humaine. En réduisant les tâches administratives et en aidant les équipes à identifier les situations qui nécessitent une attention particulière, les outils numériques doivent leur permettre de consacrer davantage de temps aux résidents.

Animée par Caroline Van Zele, CEO de Zembro, la table ronde a également mis en évidence plusieurs freins au déploiement de l’intelligence artificielle dans le secteur du bien vieillir. Les enjeux de confidentialité, les réticences des professionnels, les contraintes réglementaires et les difficultés d’intégration des nouveaux outils dans les organisations existantes restent autant d’obstacles. Surtout, les intervenants soulignent que le développement des soins prédictifs nécessite un changement d’approche : la technologie peut aider à repérer les risques plus tôt, mais son efficacité dépend de la capacité des structures à agir à partir des informations recueillies. L’intelligence artificielle peut soutenir la prévention et améliorer les conditions de travail, à condition de renforcer le rôle des professionnels et de préserver la relation humaine au cœur de l’accompagnement.

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