[REPLAY] THCS en action : transformer les parcours de soins liés au vieillissement grâce à des solutions innovantes

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Lors de cette table ronde enregistrée au Festival International SilverEco Bien-Vieillir, des experts européens ont présenté quatre projets innovants soutenus par le partenariat THCS (Transforming Health and Care Systems). De la prévention de la fragilité au suivi du pied diabétique, en passant par la rééducation cognitive et les transitions entre l’hôpital et le domicile, les échanges ont mis en lumière la nécessité de repenser les parcours de soins grâce aux nouvelles technologies, à la prévention et à une coopération renforcée entre chercheurs et professionnels de santé.

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Passer d’une évaluation réactive à une détection proactive de la fragilité

La fragilité ne peut être réduite à une simple évaluation médicale. Son caractère évolutif oblige les systèmes de santé à repenser la manière dont ils identifient, surveillent et préviennent la perte d’autonomie. C’est le message central porté par Francisco Florez-Revuelta, professeur en informatique à l’Université d’Alicante, en Espagne, et coordinateur du projet EMA_FRAILTY (Ecological Momentary Assessment of Frailty).

Comme il l’a expliqué, la fragilité est un processus dynamique qui englobe plusieurs dimensions : capacités physiques et cognitives, fonctions sensorielles, nutrition, prise de médicaments et aptitude à réaliser les activités de la vie quotidienne. Pourtant, les évaluations actuelles ne fournissent généralement que des instantanés ponctuels de l’état de santé d’une personne, souvent à travers des questionnaires cliniques et des tests physiques. Le projet EMA_FRAILTY entend dépasser cette limite en combinant des technologies d’assistance à la vie autonome, des objets connectés, des capteurs installés au domicile et des applications mobiles afin de suivre en continu ces différentes dimensions, dans l’environnement habituel des personnes.

Francisco Florez-Revuelta, Professor of Computing at the University of Alicante in Spain
and coordinator of the EMA_FRAILTY project

« Nous souhaitons faire évoluer les pratiques en matière de prise en charge de la fragilité. Aujourd’hui, celle-ci est abordée de manière réactive […] Nous voulons passer d’une approche réactive à une approche proactive »

Francisco Florez-Revuelta, professeur en informatique à l’Université d’Alicante et coordinateur du projet EMA_FRAILTY

Au-delà du développement technologique, le projet étudie également les implications sociales, économiques, juridiques et sanitaires d’une surveillance continue. Pour Francisco Florez-Revuelta, l’objectif est de faire évoluer les pratiques en repérant les premiers signes de fragilité avant qu’une urgence médicale ne survienne. Détecter le passage d’un état de robustesse à un état de pré-fragilité permettrait aux professionnels de santé d’intervenir plus tôt, d’adapter l’accompagnement aux besoins individuels et de prévenir une dégradation supplémentaire. Il a également souligné les synergies possibles entre les différents projets présentés lors de la table ronde, notamment grâce à l’intégration de plusieurs capteurs et technologies de suivi.

Cette table ronde est enregistrée en anglais

La technologie au service de la prévention et des soins personnalisés

Prévenir les complications liées au vieillissement implique également de porter une attention particulière à la mobilité. Lise Pape, fondatrice de Walk With Path, a présenté le projet Stridecom, qui explore le potentiel de semelles connectées équipées de capteurs intégrés. Ces dispositifs analysent la démarche, les points de pression et la température des pieds afin de fournir des indicateurs permettant de repérer précocement les signes d’ulcères du pied diabétique. Ces complications peuvent entraîner des plaies graves et, dans les situations les plus sévères, des amputations, avec des conséquences importantes sur la qualité de vie des patients et les dépenses de santé.

Le projet est expérimenté sur quatre sites cliniques à Madrid, dans les îles Canaries, à Aalborg au Danemark et au Québec, au Canada. En comparant différents environnements culturels, sociaux et géographiques, les partenaires cherchent à déterminer les conditions nécessaires à un déploiement plus large. Des groupes de discussion réunissant des utilisateurs permettent également d’identifier les éventuels freins à l’adoption de ces dispositifs. L’économie de la santé et l’évaluation des technologies de santé font aussi partie intégrante des travaux. Lise Pape rappelle que les performances technologiques ne suffisent pas : les dispositifs doivent s’intégrer dans le quotidien des personnes sans devenir une contrainte supplémentaire. Elle envisage également d’étendre le suivi de la marche au-delà du diabète, notamment à la prévention de la fragilité, des chutes et au suivi des maladies chroniques.

Lise Pape, fondatrice de Walk With Path

« Notre dispositif repose bien sûr sur l’adhésion des utilisateurs. Pour en bénéficier, ils doivent le porter. C’est là que les aspects culturels entrent également en jeu, tout comme la conception et son amélioration progressive »

Lise Pape, fondatrice de Walk With Path

La santé cognitive a constitué un autre axe majeur des échanges. Antoine Bouet, ingénieur de recherche et neuropsychologue à l’Institut Claude-Pompidou de Nice, a présenté Mi Recordo, une solution numérique thérapeutique destinée aux personnes présentant des troubles cognitifs légers ou exposées à un risque de déclin cognitif. La plateforme associe une application sur tablette proposant huit exercices de réhabilitation cognitive à un tableau de bord permettant aux professionnels de santé d’assurer un suivi à distance. Des algorithmes adaptent la difficulté des exercices aux progrès des patients, tandis que la diversité des stimuli vise à maintenir leur engagement. Le projet associe également les patients à son processus de validation et travaille à l’adaptation transculturelle de la plateforme pour les utilisateurs français et portugais. Il s’agit notamment d’intégrer des références culturelles propres à chaque pays plutôt que de s’appuyer sur de simples traductions littérales. L’ambition est d’améliorer l’accès aux soins, en particulier pour les personnes éloignées des centres spécialisés.

Connecter les services de santé pour pérenniser l’innovation

Le passage de l’hôpital au domicile constitue un autre défi majeur des parcours de soins liés au vieillissement. Présenté lors de la table ronde, le projet Transcare cherche à sécuriser et à mieux coordonner cette transition grâce à des services numériques. Son approche combine le suivi à distance des patients, à l’aide de dispositifs médicaux, de questionnaires et de consultations vidéo, avec une surveillance du domicile reposant sur des capteurs. Des capteurs optiques peuvent notamment détecter les changements dans les comportements quotidiens, comme les chutes, les mouvements inhabituels ou les modifications des habitudes de sommeil. L’intelligence artificielle contribue ensuite à analyser les données collectées afin de repérer les écarts susceptibles de signaler une dégradation de l’état de santé.

Le projet mène des études pilotes en Italie, en Roumanie et en Norvège afin d’évaluer les éventuelles réductions des réhospitalisations et le sentiment de sécurité des patients après leur retour à domicile. Les résultats permettront également d’étudier les différences entre les systèmes de santé nationaux, notamment en matière de protection de la vie privée, d’acceptabilité de la surveillance par caméra et d’organisation des services de santé publics et privés. Ces disparités illustrent la difficulté de déployer uniformément des solutions technologiques à l’échelle européenne. Les échanges ont également souligné l’importance de concevoir des outils numériques qui soutiennent les professionnels de santé sans alourdir leur charge de travail. L’automatisation doit permettre de libérer du temps aux infirmiers et aux personnels soignants pour qu’ils puissent se concentrer sur la dimension humaine de leur métier.

Giusi Cordorelli, Director of Biomedical Research and Innovation at the Italian Ministry of Health

« Il ne s’agit pas simplement d’une action individuelle ou d’une technologie isolée. Cela nécessite bien sûr des liens entre la recherche, les politiques publiques et la mise en œuvre. J’aime parler de synergie et de durabilité »

Giusi Condorelli, directrice de la recherche biomédicale et de l’innovation au ministère italien de la Santé

Les derniers échanges ont porté sur les conditions nécessaires pour faire passer les innovations du stade de la recherche à celui de la pratique courante dans les systèmes de santé. Lise Pape a notamment évoqué la nécessité de repenser le financement de la prévention et les modèles de soins, qui privilégient encore souvent le traitement au détriment de l’intervention précoce. Francisco Florez-Revuelta a, quant à lui, souligné le décalage persistant entre le développement de gérontechnologies prometteuses et leur intégration effective dans les services de santé.

La discussion est ainsi revenue sur l’un des enjeux centraux du partenariat THCS : rapprocher la recherche, les politiques publiques, les professionnels de santé et les utilisateurs pour rendre l’innovation pérenne et accessible. Comme l’a conclu la modératrice Giusi Condorelli, directrice de la recherche biomédicale et de l’innovation au ministère italien de la Santé, la transformation des systèmes de santé ne repose pas uniquement sur des technologies isolées. Elle exige une coopération renforcée, une gouvernance plus solide et des synergies entre l’ensemble des acteurs.

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