Adoptée à l’unanimité ce jeudi 29 octobre à Copenhague, la nouvelle stratégie de l’OMS pour l’Europe entend faire du vieillissement en bonne santé une priorité collective. Entre prévention, transformation des systèmes de soins, lutte contre l’âgisme et adaptation des environnements : 53 États membres s’engagent sur une feuille de route commune jusqu’en 2030.
Les 53 États membres de l’OMS Europe adoptent une stratégie commune pour 2026-2030.
L’OMS veut améliorer la santé et la qualité de vie des personnes âgées.
Quatre priorités structurent la stratégie : prévention, soins, environnements adaptés et lutte contre l’âgisme.
Le plan prévoit de mieux accompagner les aidants et de coordonner les parcours de soins.
L’OMS développe des indicateurs pour suivre le vieillissement en bonne santé dans les 53 pays.
L’OMS appelle à changer de modèle en matière de vieillissement
Gagner des années, c’est une chose… encore faut-il pouvoir les vivre en bonne santé. Le 29 octobre 2026, les 53 États membres de la Région européenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont adopté à l’unanimité une nouvelle stratégie consacrée au vieillissement en bonne santé. Intitulée « Vieillir, c’est vivre : une stratégie pour promouvoir la santé et le bien-être tout au long de la vie dans la Région européenne de l’OMS 2026-2030 », elle a été approuvée à l’occasion de la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Europe, organisée à Copenhague. L’Organisation entend ainsi préparer les systèmes de santé, les dispositifs d’accompagnement et les sociétés aux transformations démographiques en cours.
Si l’allongement de l’espérance de vie constitue une avancée majeure de la santé publique, il ne garantit pas pour autant une meilleure santé au grand âge. L’OMS rappelle que « vivre plus longtemps ne signifie pas nécessairement vivre plus longtemps en bonne santé ». La stratégie repose donc sur deux ambitions complémentaires : améliorer dès aujourd’hui la santé, les capacités fonctionnelles et la qualité de vie des personnes âgées, mais aussi investir dans la prévention à chaque étape de la vie pour permettre aux générations futures d’atteindre un âge avancé dans de meilleures conditions.
« L’essentiel ne consiste pas simplement à ajouter des années à la vie », souligne la Dre Corinne Capuano, responsable par intérim de l’OMS/Europe. Elle insiste sur la nécessité de permettre aux personnes de « vivre ces années en bonne santé », de conserver leurs liens sociaux et de bénéficier de soins et d’un accompagnement de qualité lorsqu’elles en ont besoin. Une approche qui place la qualité de vie, l’autonomie et la participation sociale au cœur des politiques de vieillissement.
Quatre priorités pour transformer les systèmes de santé et d’accompagnement
Pour concrétiser cette ambition, la stratégie européenne s’organise autour de quatre grands domaines d’action :
Prévenir les problèmes de santé et préserver les capacités tout au long de la vie ;
Transformer les systèmes de santé et de soins de longue durée pour mieux répondre à l’évolution des besoins ;
Créer des environnements favorables aux personnes âgées, qui facilitent les déplacements, les relations sociales et la participation à la vie collective ;
Lutter contre l’âgisme et les discriminations liées à l’âge, notamment dans l’accès aux soins et à l’accompagnement.
Au-delà de ces orientations, l’OMS appelle à une meilleure articulation entre les soins de santé primaires, les services de réadaptation, les soins de longue durée et l’accompagnement social. La détection précoce de l’évolution des besoins doit permettre d’apporter des réponses plus rapides et adaptées. Le soutien aux aidants figure également parmi les leviers identifiés, tout comme la conception d’environnements dans lesquels les personnes âgées peuvent conserver leur autonomie et leur place dans la société. L’Organisation défend notamment un principe : « l’âge ne constitue pas, à lui seul, un critère déterminant l’accès aux soins et à l’accompagnement dont une personne a besoin ».
« Vivre plus longtemps est une avancée dont nous pouvons nous réjouir. Mais l’essentiel ne consiste pas simplement à ajouter des années à la vie. Ce qui compte, c’est de savoir si les personnes peuvent vivre ces années en bonne santé, maintenir des liens avec les personnes et les communautés qui leur sont chères, et bénéficier de soins et d’un accompagnement de qualité lorsqu’elles en ont besoin. C’est tout le sens de la stratégie “Vieillir, c’est vivre” »
Dre Corinne Capuano, responsable par intérim de l’OMS/Europe
Cette transformation ne peut toutefois reposer uniquement sur les professionnels et les structures sanitaires et médico-sociales. L’OMS rappelle que le vieillissement en bonne santé « se construit tout au long de la vie » et dépend également des environnements sociaux, culturels et économiques. Elle appelle ainsi le secteur de la santé à jouer un rôle moteur pour mobiliser l’ensemble des secteurs concernés autour d’une responsabilité partagée. L’enjeu consiste à dépasser une approche centrée sur la prise en charge de la perte d’autonomie pour agir plus tôt sur les facteurs qui conditionnent la santé, les capacités et le bien-être avec l’avancée en âge.
De la stratégie européenne aux politiques publiques : les prochaines étapes
L’adoption de cette feuille de route marque le début d’un travail de mise en œuvre que l’OMS/Europe conduit déjà avec les États membres et ses partenaires. Quatre leviers doivent accompagner son déploiement : la formation des décideurs et des responsables, notamment à travers le programme de leadership « Vieillir, c’est vivre » (Ageing is living) ; le renforcement des données et des capacités d’analyse ; le soutien à l’innovation et à l’investissement dans les solutions favorisant le vieillissement en bonne santé ; et la création d’un réseau européen de centres collaborateurs de l’OMS spécialisés dans le vieillissement en bonne santé et les soins. Ce dernier doit permettre de mutualiser les expertises techniques et d’accompagner les pays dans la traduction concrète des orientations européennes.
L’amélioration des connaissances constitue un autre chantier central. L’OMS/Europe développe actuellement des profils d’analyse du vieillissement en bonne santé pour chacun des 53 États membres, ainsi qu’un tableau de bord régional. L’objectif est de ne plus limiter l’évaluation de la santé des populations aux seuls indicateurs traditionnels de morbidité et de mortalité. Les capacités fonctionnelles, les capacités intrinsèques des individus et les inégalités doivent également être prises en compte pour mieux orienter les politiques publiques. L’élaboration de la stratégie a, par ailleurs, mobilisé plus de 3 000 personnes pendant près de deux années de consultations, parmi lesquelles des représentants gouvernementaux, des personnes âgées, des professionnels, des chercheurs et des membres de la société civile. « Leurs voix se retrouvent dans la stratégie que les pays ont adoptée aujourd’hui », a déclaré la Dre Natasha Azzopardi-Muscat, directrice des systèmes de santé à l’OMS/Europe.
Adoptée lors de la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Europe, organisée du 27 au 29 octobre 2026 à Copenhague, la stratégie « Vieillir, c’est vivre » (EUR/RC76/7) s’inscrit dans le deuxième Programme de travail européen 2026-2030, dont elle constitue l’une des cinq grandes priorités. Elle s’appuie également sur le cadre de santé publique de l’OMS pour un vieillissement en bonne santé. Une publication complémentaire, intitulée « Vieillir, c’est vivre : approches de mise en œuvre pour le vieillissement en bonne santé et les soins dans la Région européenne de l’OMS », précise les modalités d’accompagnement des États. À travers cette feuille de route, l’Organisation entend répondre à une transformation démographique qui dépasse le seul champ sanitaire : faire du vieillissement en bonne santé un objectif collectif, qui engage autant les politiques de prévention que l’organisation des soins, les territoires et les sociétés.
Cet article a été publié par la Rédaction le
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