Au cœur du Festival international SilverEco Bien-Vieillir au Palais des Festivals de Cannes, cet épisode de Paroles d’Experts pose une question centrale : comment articuler stratégie nationale et initiatives locales pour construire une société réellement inclusive et donner toute leur place aux aînés ? Du Service public départemental de l’autonomie (SPDA) aux démarches Ville Amie des Aînés, en passant par la téléassistance et la représentation des usagers, ces dispositifs constituent autant de leviers pour simplifier les parcours, renforcer la coordination des acteurs et co-construire les politiques publiques avec les seniors.
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« Des politiques aux territoires, donner toute leur place aux aînés» – échanges experts avec la participation de :
Hervé MEUNIER, Directeur général de Filien ADMR
Olivier CALON, Président du CORERPA Île-de-France
Olivier RICHEFOU, Président du Conseil départemental de la Mayenne
Romain MIELLE-CHIROUZE, Directeur de Territ’Ages, accompagnateur dans la démarche Ville amie des aînés
Cet épisode, présenté par Guy LE CHARPENTIER, directeur associé de l’Entreprise solidaire d’utilité sociale ReSanté-Vous et cofondateur des Éclaireurs du Tour, explore les enjeux du vieillissement comme défi collectif et interroge l’articulation entre stratégie nationale et initiatives locales. Il met en lumière le rôle clé des territoires dans la mise en œuvre concrète du « bien vieillir » et souligne l’importance d’intégrer pleinement la voix des aînés. L’objectif : identifier les leviers, coopérations et bonnes pratiques pour construire une société inclusive qui considère l’âge comme une richesse et donne toute leur place aux seniors, du national jusqu’au domicile.
Des politiques aux territoires : cap sur les communes engagées
La démarche Ville amie des aînés ne se limite pas à une labellisation ou à un affichage politique. Elle repose sur un changement profond de méthode : partir des usages réels des habitants pour orienter l’action publique. Structurée à l’origine par l’OMS, elle invite les collectivités à décloisonner leurs services et à intégrer pleinement la participation citoyenne.
Concrètement, les communes engagées organisent des temps d’échange avec les seniors : diagnostics en marchant, ateliers participatifs, groupes de travail thématiques. Mais l’enjeu dépasse la simple consultation. Il s’agit de transformer la parole recueillie en plan d’action structuré, transversal, inscrit dans la durée.
« La démarche villes amies des aînés, c’est une démarche qui a été structurée par l’Organisation mondiale de la santé et qui a deux grands principes fondateurs, c’est la transversalité et la participation […] On est sur comment on transforme ce que disent les habitants en des propositions, en des solutions concrètes qu’on pourra avoir mises en œuvre dans un plan d’action qui part de la vie des habitants. »
Romain Mielle-Chirouze, accompagnateur dans la démarche Ville amie des aînés
Cette logique oblige les collectivités à revoir leur organisation interne. Urbanisme, mobilité, culture, sport, logement : toutes les politiques locales sont concernées. L’inclusion ne devient plus un correctif, mais un principe structurant.
SPDA : simplifier pour anticiper 2030
À l’échelle départementale, le Service public départemental de l’autonomie (SPDA)constitue une tentative de réponse à la complexité croissante du système. Multiplicité d’interlocuteurs, dispositifs épars, démarches administratives lourdes : pour les familles confrontées à la perte d’autonomie, le parcours reste souvent opaque.
L’expérimentation engagée notamment en Mayenne vise à réunir autour d’une même table l’ensemble des acteurs : conseils départementaux, ARS, caisses de retraite, MDPH, services d’aide à domicile, établissements. L’objectif n’est pas de créer une structure supplémentaire, mais d’organiser une gouvernance partagée.
« Ça répond à une grande ambition qui est d’abord de réaffirmer le rôle de cette politique de l’autonomie par département […] Tout aidant qui est confronté à ces sujets sait bien que c’est le fameux parcours du combattant […] Le principal obstacle aujourd’hui, c’est la complexité de nos organisations. »
Olivier Richefou, président du Conseil départemental de la Mayenne
À l’horizon 2030, avec l’augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes, la simplification ne sera plus un confort administratif, mais une nécessité structurelle. Le SPDA s’inscrit ainsi dans une logique d’anticipation démographique.
Téléassistance et attention : dépasser la seule logique de sécurité
La téléassistance a longtemps été perçue comme un dispositif centré sur l’urgence : déclencher une alerte en cas de chute ou de problème médical. Mais cette approche montre aujourd’hui ses limites face à l’isolement social croissant.
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Pour Filien ADMR, la réflexion évolue vers un modèle plus global. Le domicile ne peut être pensé indépendamment de son environnement social. La sécurité technique ne suffit pas à construire un projet de vie.
« La sécurité pour vivre à domicile, c’est clairement pas un projet de vie […] La question que l’on cherche à traiter chez Filien, c’est pas uniquement la notion d’isolement, c’est la notion d’indifférence […] Ce dont ont besoin les seniors, c’est pas d’une nouvelle application. Ce qu’ils ont besoin, c’est d’attention. »
Hervé Meunier, directeur général chez Filien ADMR
Derrière ces mots, une réalité subsiste : l’isolement massif d’une partie des personnes âgées, parfois qualifié de “mort sociale”. L’enjeu devient alors territorial : comment organiser, autour du senior, un réseau d’attention mêlant professionnels, voisins, associations et services publics ?
Représenter, anticiper, intégrer : la nouvelle donne démographique
Donner toute leur place aux aînés implique également de reconnaître leur rôle d’acteurs et non de simples bénéficiaires de politiques publiques. Les instances de représentation comme les conseils départementaux de la citoyenneté et de l’autonomie permettent désormais une participation plus structurée aux décisions.
« D’un point de vue participatif, on a été consultatif et maintenant on est carrément constructif »
Olivier Calon, président du CORERPA
Cette question est centrale : la nouvelle génération de retraités arrive en meilleure santé, avec des attentes fortes en matière d’engagement, de mobilité, de culture et de participation citoyenne. Les politiques publiques doivent intégrer cette transformation sociologique.
Penser 2030, c’est donc dépasser la seule logique de dépendance pour construire une société inclusive à tous les âges, sur tous les plans. Adopter le “réflexe senior” dans chaque politique locale devient une condition de réussite, pour les aînés d’aujourd’hui comme pour ceux de demain.
Cet article a été publié par la Rédaction le
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