Alors que le marché de l’adaptation du logement s’apprête à changer d’échelle, le déploiement de MaPrimeAdapt’ fait émerger de nouveaux enjeux en matière de transparence et de protection des seniors. Face au risque de pratiques commerciales abusives, cette tribune appelle à mieux encadrer la filière et à renforcer les exigences professionnelles pour garantir un accompagnement adapté aux personnes âgées. Une tribune signée Mickaël Cohen.

Le marché de l’adaptation du logement est appelé à changer d’échelle. Le vieillissement de la population, le souhait très largement partagé de vieillir chez soi et le déploiement de MaPrimeAdapt’ vont faire émerger des besoins considérables dans les prochaines années.
C’est une formidable opportunité pour notre société. Mais c’est aussi un risque : celui de voir se développer, autour d’un marché en forte croissance et de financements publics importants, des pratiques qui n’ont rien à y faire.
Les premières victimes seront les personnes âgées.
Une douche devenue dangereuse, un escalier impossible à monter, une perte de mobilité soudaine : pour un senior et sa famille, l’adaptation du logement peut devenir une urgence. Dans ce contexte, la frontière entre le besoin légitime d’aller vite et la pression commerciale peut parfois être dangereusement mince.
Un marché en croissance attire aussi les opportunistes
Nous devons avoir le courage de regarder cette réalité en face. Dès lors qu’un marché devient important, il attire des acteurs sérieux… mais aussi ceux qui cherchent à profiter de ses failles.
Les mécanismes sont connus : démarchage agressif, promesse d’une aide publique « garantie », travaux présentés comme gratuits, devis signé immédiatement, acompte versé dans l’urgence, entreprise difficile à identifier ou intermédiaire dont le rôle reste flou.
Le phénomène n’est pas théorique. La fraude de 27 millions d’euros à MaPrimeRénov’ démantelée en 2025 nous rappelle que les dispositifs publics peuvent devenir une cible pour des réseaux organisés.
Avec MaPrimeAdapt’, nous devons donc être particulièrement vigilants.
Il serait paradoxal de mobiliser davantage d’argent public pour permettre aux Français de vieillir à domicile tout en laissant se développer un marché insuffisamment encadré.
La vulnérabilité ne doit jamais devenir un modèle commercial
Il existe une différence fondamentale entre accompagner une personne dans l’urgence et utiliser cette urgence pour lui vendre une prestation.
Un professionnel responsable doit être capable de dire : « Prenez le temps de réfléchir. » Il doit expliquer ce qui relève réellement de son intervention, ce qui relève des aides publiques et ce qui reste à la charge du particulier.
Il doit fournir un devis compréhensible, être identifiable, disposer des assurances nécessaires et accepter que son client compare son offre avec d’autres.
Cela peut sembler évident. Pourtant, dans la réalité, ces principes ne sont pas toujours appliqués.
Le sujet dépasse donc largement la question des « faux artisans ». Il concerne également tous les intermédiaires et tous les modèles commerciaux qui peuvent créer de la confusion entre conseil, financement et réalisation des travaux.
Nous ne pouvons pas demander aux seniors de devenir experts du bâtiment
Face à ces dérives, la réponse ne peut pas être de demander à une personne de 80 ans, ou à ses enfants, de vérifier seuls les qualifications d’une entreprise, la validité de ses assurances, son historique ou la réalité des aides auxquelles elle peut prétendre.
Nous devons construire un environnement dans lequel il est plus simple de faire confiance au bon professionnel.
Cela passe par davantage de transparence, mais aussi par davantage d’exigence au sein même de la profession.
Chez DOMetVIE, nous avons fait le choix de formaliser cette exigence à travers une charte qualité destinée à encadrer les pratiques de notre réseau. Ce n’est pas un argument marketing : c’est une responsabilité. Lorsque nous intervenons au domicile d’une personne âgée ou en situation de handicap, nous savons que nous intervenons dans un environnement particulier, parfois intime, et auprès de personnes qui peuvent être vulnérables.
Cette responsabilité doit être considérée comme une composante à part entière de notre métier.
La croissance du marché ne justifie pas de baisser le niveau d’exigence
Nous avons aujourd’hui une occasion unique de structurer une véritable filière de l’adaptation du logement.
Cela suppose de sortir d’une logique où l’on considère encore trop souvent ces travaux comme une succession de petits chantiers. Adapter un logement, ce n’est pas simplement installer une douche ou un monte-escalier. C’est répondre à un enjeu de sécurité, d’autonomie et de maintien à domicile.
La valeur d’un acteur ne devrait donc pas uniquement se mesurer à sa capacité à vendre et à réaliser des travaux. Elle devrait aussi se mesurer à sa capacité à diagnostiquer correctement le besoin, à conseiller sans pression, à expliquer les financements et à garantir un parcours transparent.
C’est cette évolution que nous devons accompagner.
Protéger les seniors, c’est protéger l’avenir de la filière
Le risque, si nous ne faisons rien, est collectif. Quelques pratiques abusives suffisent à dégrader la confiance dans l’ensemble d’un secteur.
À l’inverse, un marché transparent et professionnel créera de la confiance, attirera de nouveaux acteurs de qualité et permettra aux dispositifs publics d’être pleinement efficaces.
L’enjeu n’est donc pas de freiner le développement du marché de l’adaptation. C’est exactement l’inverse : nous devons le faire grandir sur des bases suffisamment solides pour qu’il puisse durer.
Ma conviction est simple : l’adaptation du logement sera l’un des grands marchés des prochaines années. Mais sa réussite ne se mesurera pas uniquement en nombre de logements adaptés ou en millions d’euros investis.
Elle se mesurera à la confiance que nous serons capables d’installer entre les familles et les professionnels.
Parce qu’un senior qui confie son domicile à un professionnel ne lui remet pas seulement les clés de sa maison. Il lui confie une partie de son autonomie et, parfois, les conditions mêmes de son maintien à domicile.
Cette confiance n’est pas un supplément d’âme. Elle est la condition de réussite de toute la filière.
Cet article a été publié par la Rédaction le
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