L’édition 2026 de l’Observatoire OCIRP/Viavoice « Salariés aidants et dialogue social » révèle une réalité préoccupante : 68 % des salariés aidants ont connu un épuisement mental au cours des douze derniers mois et 55 % peinent à se concentrer sur leur travail. Alors que deux tiers d’entre eux n’informent pas leur employeur de leur situation, l’étude souligne les conséquences humaines et professionnelles de l’aidance et identifie plusieurs moyens d’action, tant pour les entreprises que pour les partenaires sociaux.

- 68 % des salariés aidants ont connu un épuisement mental au cours des douze derniers mois.
- 55 % des salariés aidants sont présents au travail tout en ayant l’esprit accaparé par leurs responsabilités d’aidant.
- Seuls 34 % des salariés aidants ont informé leur employeur de leur situation.
- 78 % des partenaires sociaux estiment que l’inaction coûte davantage aux entreprises que l’accompagnement des aidants.
- 91 % des partenaires sociaux sont favorables à un accord national interprofessionnel pour mieux protéger les salariés aidants.

Salariés aidants : une charge mentale qui ne s’arrête jamais
Qui prend soin de ceux qui prennent soin des autres ? En France, 9,3 millions de personnes apportent une aide régulière à un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap. Selon une récente étude publiée par l’Observatoire OCIRP/Viavoice en 2026, 50 % des salariés du privé et 53 % des agents publics déclarent être ou avoir été aidants. Cette responsabilité concerne des actifs de plus en plus jeunes. Pour cause : l’âge moyen des salariés aidants est passé de 44 ans en 2025 à 41 ans en 2026. Ils consacrent en moyenne huit heures par semaine à leur proche, soit l’équivalent d’une journée de travail supplémentaire.
L’étude met particulièrement en évidence les conséquences sur la santé mentale. Près d’un salarié aidant sur deux se déclare en difficulté, contre 25 % des salariés en général. Au cours des douze derniers mois, 69 % ont souffert de troubles du sommeil, 68 % d’épuisement mental, 65 % d’une charge mentale excessive et 61 % de difficultés de concentration. Surtout, 99 % continuent de s’inquiéter en dehors des temps d’aide. Une réalité résumée par l’OCIRP : « Pas de bouton “off” pour les aidants ». Face à cette situation, 50 % réclament davantage de temps et de répit, 43 % un soutien financier et 42 % une plus grande souplesse horaire.
Des carrières sous tension entre vie professionnelle et aidance
Les répercussions sur l’activité professionnelle sont également importantes. Un salarié aidant sur trois déclare rencontrer des difficultés au travail, une proportion qui atteint 53 % lorsque l’aide devient plus chronophage. Plus de la moitié (51 %) doutent de pouvoir maintenir leur rythme professionnel dans les années à venir. Le présentéisme constitue un autre signal préoccupant : 55 % des salariés aidants sont physiquement présents au travail tout en ayant l’esprit accaparé par leurs responsabilités d’aidant. Parallèlement, 61 % des DRH et 69 % des managers considèrent que l’aidance constitue un frein à l’évolution professionnelle.

Malgré ces difficultés, l’accompagnement reste insuffisant. 43 % des salariés aidants estiment être mal accompagnés par leur entreprise, contre 34 % qui jugent ce soutien satisfaisant. Seuls 31 % se sentent soutenus par leur hiérarchie et 23 % considèrent que leur entreprise dispose d’une stratégie claire en faveur des aidants. Un décalage persiste avec les perceptions des responsables : 54 % des managers et 49 % des DRH estiment qu’une telle stratégie existe dans leur organisation.
Des salariés aidants encore largement invisibles dans l’entreprise
La reconnaissance de l’aidance progresse, mais le silence demeure. Si 83 % des salariés aidants connaissent désormais cette notion, seuls 34 % ont informé leur employeur de leur situation, une proportion inchangée depuis 2025. Parmi ceux qui ne l’ont pas fait, 55 % considèrent qu’il s’agit de leur vie privée, 25 % craignent d’être perçus comme moins disponibles et 16 % redoutent des conséquences sur leur carrière. Pour 59 % des managers et 48 % des DRH, le sujet reste d’ailleurs tabou dans l’entreprise.

Source : Observatoire OCIRP/Viavoice 2026.
L’étude identifie toutefois des leviers pour sortir de cette invisibilité. Près de 60 % des aidants qui souhaitent actuellement garder leur situation confidentielle seraient incités à se déclarer si leur entreprise proposait un dispositif de soutien adapté. Une attente qui rejoint le constat d’un déficit d’information : 56 % des salariés aidants et 71 % des non-aidants s’estiment encore insuffisamment informés sur le sujet.
Protection sociale et dialogue social : les partenaires sociaux appellent à agir
Face à ces constats, plusieurs solutions recueillent un large consensus. 76 % des salariés aidants soutiennent la mise en place d’un dispositif de prévoyance collective, 74 % des accords collectifs dédiés et 72 % une plateforme d’accompagnement personnalisé. Ces dispositifs sont également largement approuvés par les DRH, managers et partenaires sociaux. Pour 90 % des managers et 80 % des DRH, le soutien aux aidants devrait également devenir un critère de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).
L’enjeu est désormais autant social qu’économique. Parmi les partenaires sociaux interrogés, 99 % considèrent que soutenir les salariés aidants constitue un levier de performance et 78 % estiment qu’il est plus coûteux pour l’entreprise de ne rien faire que d’agir. 91 % se déclarent favorables à un accord national interprofessionnel pour garantir un socle commun de droits, tandis que 74 % jugent indispensable d’inscrire cette question à leur agenda social. Près de neuf sur dix souhaitent également porter le sujet dans le débat public lors de l’élection présidentielle de 2027. Une mobilisation qui traduit la place croissante de l’aidance dans les enjeux de protection sociale, de santé au travail et de transition démographique.
Le coût de l’inaction devient un enjeu économique pour les entreprises
Ne pas accompagner les salariés aidants pourrait coûter davantage que les soutenir. C’est l’un des constats majeurs de l’étude OCIRP/Viavoice 2026. Parmi les partenaires sociaux interrogés, 97 % estiment que l’absence d’accompagnement peut entraîner une dégradation de la santé mentale des salariés concernés, 94 % une augmentation de l’absentéisme, 93 % une désorganisation du travail et 92 % une hausse des risques psychosociaux. Le risque de désinsertion professionnelle est également identifié par 85 % des répondants, tandis que 84 % évoquent une augmentation du présentéisme. Au total, 78 % des partenaires sociaux considèrent qu’il est plus coûteux pour l’entreprise de ne rien faire que d’agir, une proportion stable depuis 2022.

L’accompagnement des salariés aidants apparaît ainsi comme « un investissement permettant de prévenir des coûts humains, organisationnels et économiques ». Au-delà des aménagements horaires et des congés, l’étude souligne l’intérêt de dispositifs structurés associant prévoyance collective, accès aux services d’aide à domicile, coordination des accompagnements et prévention de l’épuisement. Une approche qui fait largement consensus : 96 % des partenaires sociaux jugent la négociation collective efficace pour mieux protéger les salariés aidants. Dans un contexte de vieillissement démographique et d’augmentation des besoins d’accompagnement, la prise en compte de l’aidance constitue désormais un enjeu durable pour les entreprises comme pour la protection sociale.
Retrouvez l’intégralité de l’étude de l’Observatoire OCIRP/Viavoice 2026
Cet article a été publié par la Rédaction le
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