[REPLAY] Quelles politiques du bien-vieillir ?

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Dans cette table ronde enregistrée au Festival International SilverEco Bien-Vieillir, Olivier Richefou, président du Conseil départemental de la Mayenne, détaille les leviers d’une politique ambitieuse face au vieillissement de la population. Au micro d’Yves Bozzi, expert du marché des 55 ans et plus, il défend notamment le maintien à domicile, une meilleure coordination des acteurs territoriaux et une refonte du financement de l’autonomie.

Politique du bien-vieillir
Vieillissement de la population
Maintien à domicile des seniors
Politique de l’autonomie
Financement de la dépendance

Le vieillissement, un défi démographique encore absent du débat politique

La France a-t-elle véritablement pris la mesure du vieillissement de sa population ? À quelques mois de l’élection présidentielle, la question de l’autonomie reste largement absente des débats politiques, regrette Olivier Richefou. Pour le président du Conseil départemental de la Mayenne, aucun candidat à la présidence de la République ne semble aujourd’hui faire de cette transition démographique une priorité. Il appelle les acteurs du secteur à sensibiliser les élus pour replacer le bien-vieillir au cœur des préoccupations nationales.

L’urgence est pourtant connue. À partir de 2030, les générations nées après-guerre atteindront progressivement 85 ans, un âge auquel les premières questions liées à la perte d’autonomie se posent en moyenne. « Les chiffres sont têtus et les chiffres sont là », insiste-t-il. Face à cette évolution prévisible, il estime que la société française n’est pas suffisamment préparée et que le prochain président de la République devra impérativement s’emparer du sujet.

La question de la gouvernance est un sujet central. Entre les communes, les intercommunalités, les départements, les régions et l’État, les responsabilités restent dispersées. Si les communes conservent un rôle essentiel dans l’accompagnement quotidien, leurs moyens sont souvent insuffisants, notamment dans les petites collectivités. Pour Olivier Richefou, le département apparaît comme l’échelon le plus pertinent pour coordonner les politiques du bien-vieillir, à condition de garantir un socle commun d’actions et de financements sur l’ensemble du territoire.

Maintien à domicile et coordination territoriale : les priorités de la Mayenne

En Mayenne, Olivier Richefou a fait du maintien à domicile une priorité de sa politique départementale. Cette ambition repose sur deux dimensions complémentaires : l’adaptation des logements et le renforcement des interventions humaines. Le département a ainsi choisi d’élargir l’accès aux aides de MaPrimeAdapt’ à toutes les catégories de revenus, avec des taux de subvention différenciés selon les ressources. Une approche qui vise à dépasser les seuls critères financiers pour installer une politique globale d’adaptation de l’habitat. Les bailleurs sociaux bénéficient également d’un dispositif de subvention de 2 500 euros par logement adapté à une personne âgée.

L’accompagnement des professionnels constitue l’autre pilier de cette stratégie. Le département a notamment travaillé sur le financement des services à domicile, avec une dotation APA d’environ 32 euros intégrant plusieurs compléments. Il a également mis à disposition plus de 200 véhicules électriques pour faciliter les déplacements des aides à domicile. Au-delà du soutien matériel, Olivier Richefou défend une meilleure anticipation des besoins en hébergement. La Mayenne a ainsi défini, bassin de vie par bassin de vie, le nombre de places nécessaires en EHPAD et dans les différentes formes d’habitat intermédiaire : résidences autonomie, habitat inclusif, habitat partagé ou résidences services seniors.

Olivier Richefou, président du Conseil départemental de la Mayenne

« Notre société n’est pas prête aujourd’hui à affronter ce mur. Il existera et devra être traité par le prochain président de la République et son équipe »

Olivier Richefou, président du Conseil départemental de la Mayenne

Cette organisation doit s’appuyer sur le Service public départemental de l’autonomie (SPDA), appelé à réunir les acteurs locaux autour d’une feuille de route commune. Le président du département insiste également sur la nécessité d’éviter les disparités territoriales. Il cite notamment l’exemple de départements qui ne mobilisent pas certaines enveloppes de la dotation qualité destinées aux services à domicile. Pour lui, l’État doit fixer des règles minimales contraignantes, notamment en matière de financement, tout en laissant aux départements la possibilité d’aller plus loin avec leurs propres ressources.

Vers une politique nationale de l’autonomie : simplifier et repenser les financements

L’engagement d’Olivier Richefou sur les questions du grand âge trouve notamment son origine dans une expérience de terrain. Peu après son arrivée à la présidence du Conseil départemental en 2014, il a été confronté à la fermeture d’un EHPAD dont les conditions de sécurité ne permettaient plus le maintien de l’activité. Le projet de reconstruction envisagé présentait un coût trop élevé pour les familles, avec un prix de journée de 80 euros, contre une moyenne départementale d’environ 65 euros. Le département a finalement privilégié la réorientation des résidents vers des établissements proches et le reclassement des professionnels. Cette situation a constitué un déclencheur dans sa prise de conscience des difficultés financières et organisationnelles du secteur.

« La priorité numéro 1, c’est le maintien à domicile. Et donc, il faut faire en sorte que ce maintien à domicile soit le plus aisé possible »

Olivier Richefou, président du Conseil départemental de la Mayenne

Interrogé sur les mesures à inscrire dans une future politique nationale, il identifie plusieurs chantiers. Le premier consiste à confier au SPDA un véritable rôle de coordination. Le deuxième porte sur les systèmes d’information et la simplification des démarches. Il défend notamment le principe du « dites-nous-le une fois », afin que les personnes âgées n’aient plus à multiplier les évaluations et les interlocuteurs auprès des caisses de retraite et des différents organismes. Une structure de référence devrait pouvoir suivre chaque personne et transmettre les informations nécessaires aux autres acteurs. Cette évolution suppose également de simplifier les financements et de mieux articuler les dispositifs avec les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).

Reste enfin la question du financement de la perte d’autonomie. Olivier Richefou renvoie notamment aux propositions de la Coalition des volontaires, élaborées avec plusieurs acteurs du grand âge, qui mobilisent entre autres l’Assurance maladie et la cinquième branche de la Sécurité sociale. À l’approche de l’élection présidentielle, il demande aux candidats de faire du vieillissement une priorité, de garantir un socle national de solidarité et de laisser aux territoires la possibilité de l’améliorer. Il plaide aussi pour une participation des usagers proportionnelle à leurs revenus et une mobilisation accrue du patrimoine des personnes âgées. Une évolution qu’il présente comme un moyen de consolider le financement de la solidarité nationale et de préserver le lien entre les générations.

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