[REPLAY] Observer pour prévenir : un observatoire au service du maintien à domicile

AUTRES ACTUS ET INFORMATIONS SUR : MAINTIEN A DOMICILE

Comment mieux anticiper les risques liés au vieillissement à domicile avant qu’une situation ne bascule ? Dans cette table ronde enregistrée au Festival International SilverEco Bien-Vieillir, cinq experts de la téléassistance et des technologies connectées ont échangé sur le rôle des données, de l’intelligence artificielle et de la détection des signaux faibles dans la prévention de la perte d’autonomie. Animés par Pierre-Marie Chapon, président de DOMELIA Conseil, les débats ont également mis en lumière les enjeux éthiques et les limites d’un maintien à domicile qui ne peut se passer d’un accompagnement humain.

Maintien à domicile des personnes âgées
Téléassistance pour seniors
Prévention des chutes à domicile
Détection des signaux faibles
Intelligence artificielle et vieillissement

Détecter les signaux faibles : dépasser la seule réponse à l’urgence

Comment passer d’une téléassistance qui intervient après une chute à des dispositifs capables d’anticiper les fragilités avant qu’elles ne deviennent des situations d’urgence ? C’est l’un des principaux enjeux soulevés par cette table ronde. Aujourd’hui, les technologies permettent de recueillir des données sur les habitudes de vie, les déplacements et les changements de comportement des personnes âgées. Leur analyse peut révéler des évolutions progressives : une activité qui diminue, des sollicitations plus fréquentes ou une rupture dans les habitudes quotidiennes. Pour Mathieu Corradini, directeur du développement international chez NOVIAcare, l’enjeu consiste précisément à identifier ces signaux faibles et à les transmettre aux bons interlocuteurs.

Grâce à des capteurs multisensoriels et à l’intelligence artificielle prédictive, NOVIAcare développe des solutions capables de croiser différentes informations recueillies au domicile. Ces données sont ensuite interprétées et transmises à des professionnels susceptibles d’intervenir. Mathieu Corradini insiste toutefois sur la nécessité de dépasser le seul périmètre de la téléassistance. Si celle-ci conserve un rôle essentiel dans la gestion des urgences, la prévention suppose d’intégrer les aidants familiaux, les professionnels de santé et les autres acteurs du maintien à domicile. Une dégradation progressive de l’état général peut ainsi justifier l’intervention d’un ergothérapeute, une adaptation du logement ou la recommandation d’une activité physique adaptée.

Mathieu CORRADINI, Directeur Développement International chez NOVIAcare

« Le plus important, c’est de savoir détecter le signal faible, et surtout de savoir l’envoyer à la bonne personne »

Mathieu CORRADINI, Directeur Développement International chez NOVIAcare

Cette logique prédictive repose également sur l’évolution des dispositifs de détection des chutes. Thierry Burbaud, directeur commercial chez Telecom Design, souligne les progrès réalisés grâce aux objets connectés et aux algorithmes capables d’évaluer un risque avant l’accident. L’entreprise développe notamment des solutions de détection et de prévention des chutes, avec des algorithmes intégrés à ses produits portés. Selon lui, les systèmes permettent désormais d’établir des scores de risque qui ont été vérifiés par des laboratoires et des CHU. Il rappelle néanmoins les limites des équipements : multiplier les capteurs dans un logement peut être mal vécu et aucun dispositif porté ne garantit une détection à 100 %. L’enjeu est donc de faire évoluer les technologies vers une prévention plus efficace, plutôt que de se limiter à constater les accidents.

Thierry Burbaud, directeur commercial chez Telecom Design

« Si on peut l’anticiper et par l’anticipation l’éviter, c’est quand même beaucoup mieux »

Thierry Burbaud, directeur commercial chez Telecom Design

Données personnelles, intelligence artificielle : les conditions d’une confiance durable

La collecte et l’exploitation des données soulèvent des questions qui dépassent les seules performances techniques. Leur fiabilité, leur sécurisation et les conditions de leur transmission constituent autant de points de vigilance. Pour Vincent de Boutiny, directeur France de Careium, les technologies doivent aussi tenir compte des différences culturelles dans leur adoption. Les pays nordiques et anglo-saxons ont notamment développé des usages plus avancés de la téléassistance et de la surveillance à distance. En Suède, certaines structures expérimentent des caméras associées à des intelligences artificielles capables d’analyser les habitudes de sommeil sans exposer directement l’image de la personne. Une approche qui reste encore peu acceptée en France, où la question de l’intrusion dans la vie privée demeure particulièrement sensible.

La question du consentement est également centrale. Les personnes âgées doivent comprendre quelles données sont recueillies, dans quel objectif et à quels interlocuteurs elles peuvent être transmises. Cette exigence peut se révéler complexe lorsque des troubles cognitifs ou une perte d’autonomie rendent plus difficile la compréhension des dispositifs. Vincent de Boutiny estime que l’acceptation des technologies dépend aussi de leur intégration dans le quotidien. Une montre connectée utilisée pour suivre son activité ou communiquer avec ses proches peut ainsi être mieux acceptée qu’un équipement présenté uniquement comme un outil de surveillance ou de détection des chutes. La sécurité gagnerait à être intégrée à des objets familiers, sans réduire leur utilisateur à sa fragilité.

Vincent de Boutiny, directeur France de Careium

« On n’est pas dans du suivi médical avec de la donnée brute du côté du téléassisteur »

Vincent de Boutiny, directeur France de Careium

Stéphane Trabuchet, directeur commercial téléassistance chez ATTENTIVE, rappelle de son côté que l’intelligence artificielle doit rester un outil au service des professionnels et non se substituer à leur intervention. L’automatisation peut permettre de mieux organiser le travail des plateformes et de concentrer les équipes sur les situations qui nécessitent une attention particulière. Mais dans les moments de détresse, la relation humaine demeure indispensable. Il souligne également l’importance d’un consentement réellement éclairé, notamment pour les personnes qui ne sont pas toujours en mesure de comprendre durablement les implications du traitement de leurs données. Les aidants ont alors un rôle à jouer pour accompagner les utilisateurs dans l’appropriation de ces solutions.

Stéphane Trabuchet, directeur commercial téléassistance chez ATTENTIVE

« L’IA doit vraiment aider dans le travail, rationaliser ce qu’on peut faire avec un plateau et recentrer sur les vrais sujets. Par contre, elle ne remplace pas l’humain »

Stéphane Trabuchet, directeur commercial téléassistance chez ATTENTIVE

Un observatoire utile à condition de s’inscrire dans un véritable écosystème

Au-delà des capacités de détection, la question de l’organisation des acteurs reste déterminante. Les industriels disposent aujourd’hui de technologies capables de recueillir et de traiter un volume important d’informations. Mais leur exploitation à des fins de prévention se heurte encore au cloisonnement entre les secteurs de la téléassistance et de la santé. Les données ne circulent pas toujours vers les professionnels susceptibles de les analyser et d’engager une action. Xavier Guist’hau, directeur commercial et marketing chez LEGRAND CARE, pointe notamment le manque de structures capables de traiter ces informations à grande échelle. Les fabricants peuvent capter et transmettre les données, mais leur interprétation nécessite des compétences et des organisations qui ne sont pas encore suffisamment développées en France. Il souligne que certains pays européens ont davantage intégré ces informations dans leurs services de téléassistance.

Pour Xavier Guist’hau, la technologie ne peut toutefois pas être pensée indépendamment des conditions concrètes du maintien à domicile. L’isolement ne concerne pas uniquement les territoires ruraux : il existe aussi en ville, lorsque les personnes âgées ne disposent plus de relations sociales suffisantes. Les dispositifs connectés peuvent contribuer à maintenir un lien avec les proches et l’environnement, mais ils ne remplacent pas les rencontres et les interventions humaines. La question territoriale reste donc entière : équiper un logement ne suffit pas si aucun professionnel ne peut intervenir, si les services de proximité disparaissent ou si les aidants sont éloignés. Le développement des technologies doit s’accompagner d’une réflexion sur l’organisation des services et la valorisation des métiers de l’accompagnement.

Xavier Guist'hau, directeur commercial et marketing chez LEGRAND CARE

« Si ça peut connecter pour justement créer du lien humain dans l’environnement où la technologie se situe, je pense qu’on aura tout gagné »

Xavier Guist’hau, directeur commercial et marketing chez LEGRAND CARE

À l’horizon des quinze prochaines années, les intervenants anticipent une intégration croissante de l’intelligence artificielle, des objets connectés et des systèmes prédictifs dans les logements. La montre connectée pourrait devenir un premier point d’entrée vers une téléassistance davantage intégrée aux usages quotidiens, tandis que les équipements domestiques fonctionneraient en arrière-plan. Les robots et les systèmes autonomes pourraient également trouver leur place dans cet environnement. Mais les perspectives technologiques ne doivent pas masquer les besoins immédiats : renforcer les passerelles entre santé et téléassistance, former les professionnels, accompagner les aidants et garantir une intervention humaine lorsqu’elle est nécessaire. Pour les experts réunis autour de Pierre-Marie Chapon, l’observatoire comportemental ne prendra pleinement son sens que s’il permet de transformer les données recueillies en actions concrètes au service de l’autonomie.

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