

Selon l’Insee et la Drees, le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie en France ne cessera d’augmenter jusqu’en 2050. Face à cette réalité, il devient crucial de savoir identifier les signes avant-coureurs : changements physiques, cognitifs ou sociaux. Comment détecter ces signes ? Quels outils utiliser, et comment agir en tant qu’aidant pour protéger et accompagner vos proches ? On fait le point.

- Le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie augmente rapidement : d’ici à 2050, 700 000 personnes âgées supplémentaires seront concernées (Insee).
- Les premiers signes peuvent être subtils : difficultés à se déplacer, à gérer les tâches quotidiennes, ou changements dans la mémoire et le comportement.
- Des outils comme les grilles d’évaluation ou les tests cognitifs aident à mesurer le niveau d’autonomie et à identifier les besoins précis.
- Observer les changements de manière régulière et bienveillante permet d’agir rapidement et d’adapter le soutien nécessaire.
- Les proches et aidants jouent un rôle clé : leur vigilance et leurs observations contribuent à anticiper les difficultés et à organiser l’accompagnement au quotidien.
La perte d’autonomie des seniors : un défi qui continue de croître
Le constat de l’Insee et de la Drees est sans appel : la perte d’autonomie continuera de croître jusqu’en 2050.
En 2021, parmi les 18 millions de personnes de 60 ans ou plus vivant en France, plus de 2 millions étaient en perte d’autonomie, dont un tiers en perte d’autonomie sévère, d’après une étude publiée en octobre 2025. Ce nombre devrait atteindre 2,8 millions en 2050, soit près de 700 000 personnes âgées supplémentaires concernées. En cause : le vieillissement de la population, avec des seniors de plus en plus nombreux, et de plus en plus âgés.
Mais alors, qui sont les principaux intéressés ? L’étude stipule qu’en 2021, près de 42 % des 85 ans ou plus sont en perte d’autonomie, contre 4 % des 60-74 ans.
Les femmes, de leur côté, représentent 66 % des seniors en perte d’autonomie et 71 % des situations sévères, leur plus grande longévité en serait la principale cause.

Cette hausse massive de personnes âgées en perte d’autonomie traduit d’une part un besoin d’augmentation du nombre de places en EHPAD et résidences seniors (56% d’après l’Insee), mais aussi le besoin de développement du maintien à domicile dans les années à venir.
Dépendance : l’article 2 de la loi du 24 janvier 1997 définit la dépendance, ou « perte d’autonomie », comme l’état de la personne qui, nonobstant les soins qu’elle est susceptible de recevoir, a besoin d’être aidée pour l’accomplissement des actes essentiels de la vie ou requiert une surveillance régulière.
Face à cette augmentation rapide du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie, il devient essentiel de savoir identifier les signes avant-coureurs pour mieux accompagner nos proches au quotidien. Connaissez-vous vraiment les signes précoces de perte d’autonomie ? Quels sont les signes physiques, cognitifs et sociaux d’une perte d’autonomie et comment les détecter chez vos parents ou grands-parents ?
AGGIR, la grille nationale de détecter la perte d’autonomie chez les seniors
La Grille AGGIR évalue le degré de perte d’autonomie des personnes âgées en mesurant leur capacité à accomplir des actes de la vie quotidienne.
Elle s’appuie sur l’analyse de 10 activités corporelles et mentales, dites « discriminantes », telles que faire sa toilette, s’habiller et se déshabiller, se nourrir ou encore se lever et se coucher.
Elle s’appuie également sur 7 activités domestiques et sociales, dites « illustratives ». Gérer ses affaires, son budget et ses biens, reconnaître la valeur de l’argent et préparer les repas en font partie.
Cette grille permet notamment de vérifier l’éligibilité du demandeur à l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), et d’évaluer le niveau d’aide nécessaire au quotidien.
Les niveaux de dépendance sont classés en six groupes iso-ressources (GIR 1 à GIR 6). À chaque GIR correspond un degré de besoin d’aide pour réaliser les actes essentiels de la vie quotidienne (AVQ).
Comment ça fonctionne ?
La Grille nationale AGGIR doit être remplie par le praticien et transmise au médecin-conseil de la Caisse primaire d’Assurance maladie via le formulaire cerfa n°11510*01.
Seules les personnes classées en GIR 1 à 4 peuvent bénéficier de l’APA.
Pour chaque aptitude, le médecin peut remplir par A, B ou C, selon si le senior effectue l’action totalement, habituellement et correctement; partiellement, non habituellement et non correctement; ou pas du tout.
Les 10 questions à se poser sur l’autonomie physique et psychique de vos proches
La Grille AGGIR s’appuie sur 10 activités corporelles et mentales, appelées “variables discriminantes”. Ces variables sont essentielles à la détection des premiers signes de perte d’autonomie physique et psychique. Selon chaque variable, il convient de se poser dix questions :
- La cohérence : la personne converse-t-elle et se comporte-t-elle de façon sensée ?
- L’orientation : la personne se repère-t-elle dans le temps l’espace ?
- La toilette : la personne est-elle en capacité d’entretenir son hygiène corporelle ?
- L’habillage : la personne est-elle en capacité de s’habiller, de se déshabiller et de se présenter ?
- L’alimentation : la personne est-elle capable de se servir et de manger les aliments préparés ?
- L’élimination : l’hygiène de l’élimination urinaire et fécale est-elle tenue ?
- Le transfert (corporel) : la personne est-elle autonome pour se lever, se coucher et s’asseoir ?
- Le déplacement à l’intérieur : la personne se déplace-t-elle avec ou sans aide matérielle (canne, déambulateur ou fauteuil roulant) ?
- Le déplacement à l’extérieur : la personne peut-elle se déplacer seule, à partir de la porte d’entrée et sans moyen de transport ?
- La communication à distance : la personne utilise-t-elle de manière autonome un téléphone, une sonnette ou une alarme) ?
Perte d’autonomie : des critères d’autonomie domestique et sociale à analyser
S’interroger sur le degré d’autonomie d’un proche ne se limite pas à ses capacités physiques et psychiques. En effet, il est important d’évaluer son autonomie domestique et sociale. La grille AGGIR parle de “variables illustratives”.
Une personne est en perte d’autonomie lorsqu’elle n’est plus en mesure de :
- gérer ses propres affaires, son budget, ses biens
- préparer ses repas et les conditionner pour être servis
- réaliser l’ensemble des travaux ménagers
- prendre et/ou commander un moyen de transport
- réaliser directement ou par correspondance ses achats
- se conformer à l’ordonnance du médecin
- s’adonner à des activités sportives, culturelles, sociales, de loisirs ou de passe-temps
Évaluations gériatriques et tests cognitifs, des outils clés
Vous vous interrogez sur une éventuelle perte d’autonomie ? Faites le point grâce à notre Test : Identifier les premiers signaux de perte d’autonomie chez un senior, conçu pour repérer les premiers signes d’alerte :
Lorsque le doute s’installe, des outils d’évaluation peuvent aider à mieux comprendre la situation et détecter les signes de perte d’autonomie. Ils permettent d’identifier au mieux les difficultés observées au quotidien et d’orienter vers un accompagnement adapté.
- Les évaluations gériatriques
Elles permettent d’évaluer l’état de santé et le niveau d’autonomie d’une personne âgée. Parmi les critères pris en compte, on trouve notamment les capacités physiques, les fonctions cognitives, l’état psychologique, la situation sociale et l’environnement de vie.
Elles sont généralement réalisées par des professionnels de santé ou du secteur médico-social et peuvent inclure une évaluation gériatrique standardisée.
Cette évaluation, effectuée par une équipe gérontologique spécialisée – en présence ou non du médecin traitant – permet d’identifier les fragilités, de repérer les risques (de chutes, de dénutrition ou encore d’isolement) et de proposer des aides ou des soins adaptés à la situation de la personne.
- Les tests cognitifs
Les tests cognitifs, de leur côté, sont des outils de dépistage qui permettent d’évaluer certaines fonctions intellectuelles. Parmi elles : la mémoire, l’attention, le langage ou encore les fonctions exécutives. On les utilise en complément de l’observation clinique.
- Le MMSE (Mini Mental State Examination) est un test de référence pour le dépistage des troubles cognitifs et de la mémoire. Publié pour la première fois en 1975, il se compose d’un court questionnaire et de quelques tâches simples à réaliser. Il tient sur une seule page et est facilement accessible, notamment en ligne. Le score obtenu donne une indication globale du fonctionnement cognitif.
- Le test de l’horloge évalue le déclin cognitif de la personne âgée, notamment les signes avant-coureurs des démences séniles comme la maladie d’Alzheimer. Utilisé chez les professionnels de santé, le test consiste à demander au patient de dessiner le cadran d’une horloge sur une feuille et d’y placer les aiguilles pour indiquer une heure spécifique.
- Le MoCA (Montreal Cognitive Assessment), validé en 2000, est reconnu pour sa grande sensibilité dans la détection précoce des troubles cognitifs légers. Largement utilisé en pratique clinique et en recherche, il affiche une sensibilité de 90 %, contre 18 % pour le MMSE. Il évalue notamment la mémoire, les fonctions exécutives, l’attention, le langage, mais aussi l’orientation temporelle et spatiale.
Mesurer la perte d’autonomie dans la vie quotidienne
Les échelles des activités de la vie quotidienne permettent d’évaluer concrètement le niveau d’autonomie d’une personne dans ses gestes et activités habituels.
- L’échelle d’autonomie de Katz, appelé “ADL”, évalue la capacité d’une personne à accomplir six actes essentiels de la vie quotidienne : se laver, s’habiller, utiliser les toilettes, se déplacer, s’alimenter et assurer le contrôle des sphincters.
Elle est aujourd’hui largement utilisée en gériatrie pour jauger le degré d’indépendance des personnes âgées et orienter leur prise en charge. L’obtention d’un score entre 0 et 6 permet d’adapter les soins et de suivre l’évolution de l’autonomie, en établissement ou dans le cadre d’un maintien à domicile.
- L’échelle IADL de Lawton (Activités instrumentales de la vie quotidienne) évalue des activités plus complexes, mais indispensables à une vie autonome : gestion du budget, prise des médicaments, courses, utilisation des transports ou du téléphone. Une perte d’autonomie dans ces activités est souvent l’un des premiers signes observables.
Pour évaluer rapidement le niveau d’autonomie d’un proche, vous pouvez vous y référer. Réalisable en ligne gratuitement, évalue l’autonomie relative aux activités instrumentales de la vie quotidienne. Le score total se situe entre 0 et 8 et se base sur huit domaines d’activité instrumentale. Une perte d’autonomie dans ces activités est souvent l’un des premiers signes observables.
Aidant : que puis-je faire à mon échelle ?
L’entourage joue un rôle essentiel pour repérer tôt les signes de perte d’autonomie : des changements de comportement ou d’habitudes (négligence de l’hygiène, isolement, oublis) aux difficultés à gérer le quotidien ou le logement. Ces observations permettent souvent d’identifier des évolutions progressives qui peuvent passer inaperçues lors de consultations ponctuelles.
En tant qu’aidant, il est possible d’agir simplement et efficacement :
- en observant les changements avec attention et bienveillance ;
- en notant leur évolution dans le temps ;
- en parlant avec la personne concernée, dans un climat de confiance ;
- en consultant le médecin traitant pour obtenir un avis professionnel ;
- en sollicitant les dispositifs existants pour obtenir des informations et débuter un accompagnement.
Cette approche progressive aide à anticiper les besoins et à mettre en place des solutions adaptées, tout en respectant l’autonomie de la personne.
Cet article a été publié par la Rédaction le

