Depuis le 27 juillet, les Français sont invités à répondre à un questionnaire national sur le vieillissement. Accessible jusqu’au 20 septembre, cette consultation citoyenne doit alimenter la future Conférence nationale de l’autonomie, annoncée pour l’automne 2026. Plus de 3 800 personnes y ont déjà participé.

- Le Gouvernement consulte les Français pour définir les priorités du bien-vieillir.
- Le vieillissement impose d’adapter autonomie, habitat, prévention et accompagnement.
- Les Français plébiscitent le lien social, le logement adapté et l’aide à domicile.
- Les métiers du grand âge et le soutien aux aidants apparaissent comme des priorités.
- Le succès de la démarche dépendra de mesures concrètes après la consultation.
« Vieillir en France » : une consultation citoyenne pour dessiner les priorités de demain
Le vieillissement de la population n’est plus une projection lointaine : c’est une réalité qui s’impose déjà aux politiques publiques. Pourtant, rares sont les occasions données aux citoyens de s’exprimer directement sur la manière dont la société française doit s’adapter. C’est précisément l’objectif du questionnaire « Vieillir en France, aujourd’hui et demain« , lancé par le Gouvernement le 27 juillet.
Disponible jusqu’au 20 septembre sur la plateforme Agora, ce questionnaire propose quinze questions auxquelles il faut consacrer entre cinq et dix minutes. Les participants sont invités à partager leurs attentes, leurs préoccupations et leurs priorités autour du vieillissement, de l’autonomie, de l’habitat, des aidants ou encore des métiers du grand âge. Au 5 août, la consultation comptabilisait déjà 3 800 répondants et devrait prochainement franchir le cap des 5 000 participants.
Mais alors pourquoi, soudainement, les français sont-ils invités à donner leur avis sur le vieillissement ? La plateforme de participation citoyenne de l’État Agora évoque la Conférence nationale de l’autonomie, qui se tiendra à l’automne 2026 afin de « fixer un cap à court et moyen terme« . Cette consultation aurait donc pour objectif de « recueillir vos idées et vos avis » – à vous, citoyens – sur plusieurs des six priorités de la mobilisation France Autonomie. En ligne de mire : vieillir en bonne santé et maintenir son autonomie, diversifier les lieux de vie entre domicile et habitats partagés, ou encore valoriser les métiers de l’autonomie – de la formation à l’attractivité, en passant notamment par une amélioration des conditions de travail.
Préparer la France à la transition démographique, un défi qui ne peut plus attendre
Le Gouvernement entend également transformer les EHPAD en Maisons France Autonomie, des lieux « ouverts et attractifs », et aider davantage les aidants, qu’il s’agisse de la famille, des proches ou des bénévoles. De belles ambitions qui contrastent avec le nombre de reports du plan Grand Âge, avorté à de nombreuses reprises par les derniers gouvernements.
Derrière cette consultation se dessine un enjeu bien plus vaste qu’un simple exercice de démocratie participative. Le Gouvernement souhaite recueillir les inquiétudes et les attentes des Français dans un contexte où les besoins liés au vieillissement progressent à un rythme inédit. L’objectif affiché est clair : préparer le pays à la transition démographique qui s’accélère.
Les chiffres donnent la mesure du défi. La France devra recruter 200 000 professionnels supplémentaires dans les établissements de santé au cours des vingt-cinq prochaines années, tandis que près de dix millions d’aidants accompagnent déjà un proche au quotidien. D’ici à 2030, un Français sur quatre aura plus de 60 ans et le nombre de personnes âgées de 75 à 85 ans augmentera de près de 50 %. À l’horizon de vingt ans, plus d’un tiers de la population française aura dépassé les 60 ans.

Cette évolution démographique est désormais largement documentée. La France entre dans une nouvelle étape de son vieillissement : l’allongement de l’espérance de vie, l’arrivée des générations du baby-boom aux âges avancés et la baisse durable de la natalité modifient profondément l’équilibre de la population. Cette transition ne concerne plus seulement les secteurs du médico-social ou de la santé. Elle interroge l’ensemble des politiques publiques, du logement aux mobilités, de l’aménagement des territoires à l’emploi, en passant par la prévention, l’innovation et le maintien à domicile. La Silver économie apparaît ainsi comme un levier essentiel d’adaptation de la société à cette nouvelle réalité démographique.
Préparer cette transition passe également par un investissement dans la prévention. Aujourd’hui, l’espérance de vie en bonne santé après 65 ans atteint en moyenne onze ans en France. Un indicateur déterminant, alors que la Cour des comptes estime qu’une seule année supplémentaire de vie en bonne santé représenterait un gain de qualité de vie considérable mais aussi une économie d’environ 1,5 milliard d’euros pour l’Assurance maladie.
Une semaine après son lancement, quels enseignements tirer des premiers résultats ?
Si les résultats définitifs de la consultation ne seront publiés qu’après sa clôture, le 20 septembre, les premières tendances, déjà accessibles sur la plateforme Agora, offrent néanmoins un aperçu des préoccupations exprimées par les participants.
Les répondants considèrent avant tout que bien vieillir passe par le maintien du lien social (53 %) et par un logement adapté (46 %), devant l’accès à une aide à domicile de qualité (33 %). Les difficultés les plus souvent citées pour préserver sa santé sont le manque de professionnels de santé (42 %) et le coût des soins ou des aménagements (36 %). L’image des EHPAD reste largement négative : près d’un participant sur deux les perçoit comme un dernier recours (49 %), tandis qu’un tiers affirme ne pas souhaiter y vivre.

Pour améliorer leur attractivité, les Français réclament d’abord davantage de personnel (61 %), mais aussi de nouvelles méthodes d’accompagnement (49 %) et une plus grande ouverture sur la vie locale (48 %). Enfin, la consultation confirme les attentes autour des métiers du grand âge, avec une demande très forte d’une meilleure rémunération (77 %) et de meilleures conditions de travail (70 %), ainsi que l’importance accordée au soutien des aidants, dont les principaux besoins identifiés sont le répit (62 %), l’aménagement du travail (48 %) et un soutien financier (44 %).
Ces premiers retours restent toutefois à interpréter avec prudence. Avec 3 800 participants au 5 août, la consultation demeure ouverte et les contributions continueront d’alimenter les résultats jusqu’au 20 septembre. Le profil des répondants comme la progression du nombre de participants pourront encore faire évoluer les tendances observées.
Une consultation qui sera jugée sur ses effets
Les consultations citoyennes sur le grand âge ne sont pas inédites. Depuis plusieurs années, les rapports, concertations et promesses se succèdent alors que les réformes structurelles peinent à voir le jour. Le report répété du plan Grand Âge a laissé un sentiment d’attente chez de nombreux professionnels, aidants et personnes âgées.
La question sera donc moins de savoir combien de Français auront répondu au questionnaire que de mesurer la place réellement accordée à leurs propositions. Dans un pays confronté à une transition démographique sans précédent, la consultation ne constituera un véritable tournant que si elle débouche sur des décisions concrètes et durables.
Cet article a été publié par la Rédaction le
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