Ce lundi 15 juin se tient, comme chaque année, la journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées. En France, 73 % des signalements de maltraitance envers les aînés concernent des personnes vivant à domicile, avec 47 % des cas impliquant un membre de la famille. On fait le point.

- Le 15 juin marque chaque année la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées, reconnue par l’ONU depuis 2011.
- En France, 73 % des signalements de maltraitance concernent des personnes âgées vivant à domicile.
- Dans près d’un cas sur deux, les violences ou négligences sont commises par un membre de la famille.
- Les femmes âgées et les personnes en situation de dépendance figurent parmi les victimes les plus exposées.
- Cette journée vise à briser le silence autour des maltraitances et à renforcer la protection des droits et de la dignité des aînés.
La maltraitance envers les personnes âgée, une réalité encore largement ignorée
« Il est tragique et déplorable que, dans le monde d’aujourd’hui, les personnes âgées soient trop souvent négligées ou maltraitées. » Les mots teintés d’émotion prononcés par Ban Ki-moon, le 15 juin 2015 restent indéniablement d’actualité. « C’est une réalité douloureuse qui reste encore largement ignorée au sein des sociétés. Pourtant, le vieillissement de la population mondiale rend plus urgentes que jamais la promotion et la défense des droits des personnes âgées, qui devraient représenter plus de 20 % de la population mondiale d’ici à 2050 ».
L’ancien secrétaire général de l’ONU rappelait l’importance de la journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes âgées : « Cette commémoration annuelle a permis d’engager un début de débat à l’échelle mondiale sur une question qui était auparavant taboue, et ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui à unir leurs forces pour défendre les droits des personnes âgées à une vie exempte de violences et d’abus ».
Si ce discours date de plus de dix ans, les mécanismes de maltraitance envers les personnes âgées, croyez le ou non, restent inchangés : les membres de la famille sont toujours, de manière écrasante, à l’origine des maltraitances envers les personnes âgées. « La maltraitance des personnes âgées, ce crime odieux, survient souvent dans le secret des espaces privés, ce qui rend encore plus nécessaire sa dénonciation publique dans les termes les plus forts. Nous devons faire preuve d’encore davantage de résolution pour régler ce problème dans le cadre des efforts plus larges que nous déployons pour que tous puissent vivre dans la dignité ».
En effet, 73 % des signalements de maltraitance envers les aînés en France concernent des personnes vivant à domicile, avec 47 % des cas impliquant un membre de la famille, selon Jean-Philippe Viriot Durandal de l’Université de Lorraine. Les femmes restent également les premières victimes de maltraitance, l’âge et le degré de dépendance constituant des facteurs aggravants.
Le 15 juin, date devenue un symbole mondial
Le 15 juin n’a pas été choisi au hasard : la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées (World Elder Abuse Awareness Day) a été créée en 2006 à l’initiative du Réseau international pour la prévention de la maltraitance des personnes âgées (INPEA), avec le soutien de l’Organisation mondiale de la santé. L’objectif était alors de sortir de l’ombre une problématique largement méconnue et souvent considérée comme une affaire privée. En 2011, l’Assemblée générale des Nations unies a officiellement reconnu cette journée, lui donnant une portée internationale.
Chaque année, le 15 juin constitue ainsi un temps fort pour rappeler que les violences physiques, psychologiques, financières ou encore les négligences envers les personnes âgées constituent une violation des droits fondamentaux. La journée vise également à encourager les victimes, les proches, les professionnels de santé et les institutions à identifier les situations à risque et à signaler les abus, souvent dissimulés au sein du cadre familial ou de l’entourage proche.
Une journée de sensibilisation aux multiples enjeux
Au-delà de la seule prise de conscience, cette journée répond à un défi démographique majeur. Selon les Nations unies, le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus continue de progresser rapidement à travers le monde. Cette évolution accroît mécaniquement le nombre de personnes potentiellement exposées à des situations de vulnérabilité, de dépendance ou d’isolement.
L’enjeu est donc double : prévenir les maltraitances avant qu’elles ne surviennent et renforcer les dispositifs de protection lorsqu’elles sont constatées. Les campagnes menées à l’occasion du 15 juin cherchent également à faire évoluer les représentations sociales liées au vieillissement, en promouvant le respect, l’autonomie et la dignité des personnes âgées. Pour l’ONU, la sensibilisation ne suffit plus : il s’agit désormais de mettre en place des politiques publiques capables d’identifier, prévenir et traiter efficacement les situations de maltraitance.
Des mobilisations dans le monde entier
Si la date est internationale, les actions menées varient selon les pays. Partout, l’objectif reste toutefois le même : rendre visible un phénomène souvent caché et encourager les citoyens à agir.
En Australie, la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées a donné lieu en 2025 à une vaste campagne nationale de sensibilisation. Les autorités fédérales ont profité du 15 juin pour rappeler que près d’un Australien âgé sur six pourrait être confronté à une forme de maltraitance. Dans plusieurs États, les habitants ont été invités à porter du violet – couleur symbolique de la journée – tandis que des conférences, formations et événements communautaires étaient organisés pour apprendre à repérer les signes d’abus. Le gouvernement australien a également annoncé l’élaboration d’un nouveau plan national destiné à prévenir et combattre les maltraitances envers les personnes âgées.
Aux États-Unis, la mobilisation s’inscrit dans un mois entier consacré à la prévention de la maltraitance des aînés. En 2026, de nombreuses collectivités locales ont illuminé leurs bâtiments en violet, organisé des campagnes d’information et renforcé les actions des services de protection des adultes vulnérables. En Californie notamment, les autorités ont utilisé cette journée pour rappeler les dispositifs de signalement existants et sensibiliser la population aux abus financiers, l’une des formes de maltraitance connaissant la plus forte progression.
Ces initiatives illustrent une conviction désormais largement partagée : la lutte contre la maltraitance des personnes âgées ne relève pas seulement de la sphère familiale ou médico-sociale. Elle constitue un enjeu de société et de droits humains qui nécessite l’engagement des pouvoirs publics, des professionnels et des citoyens. En France, le numéro national de signalement des maltraitances aux personnes âgées, le 3133, est effectif depuis le 1er mars 2026.
Cet article a été publié par la Rédaction le
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