Urgences saturées : comment replacer les personnes âgées au cœur du parcours de soins

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Réduire les passages évitables aux urgences, fluidifier les hospitalisations et mieux prendre en charge les personnes âgées : c’est l’objectif des 58 recommandations formulées par la mission confiée au Dr Nabil Elbeki, à Mme Laurence Laignel, au Pr Olivier Mimoz, au Dr Christophe Schmitt, à M. Arnaud Vanneste et au Dr Jean-Marie Woehl. Le rapport propose notamment une réorganisation profonde des parcours de soins, de la médecine de ville jusqu’à l’hôpital.

Urgences hospitalières
Personnes âgées
Parcours de soins
Admissions directes
Désengorgement des urgences
  • Le rapport propose de réduire de moitié les passages évitables aux urgences grâce à 58 recommandations.
  • Les personnes âgées sont au cœur des mesures avec le développement des admissions directes en gériatrie.
  • La mission préconise de renforcer les alternatives aux urgences, notamment le Service d’accès aux soins et les soins non programmés.
  • Une meilleure coordination entre médecine de ville, hôpital et secteur médico-social est jugée indispensable.
  • L’objectif est de fluidifier les parcours de soins tout en désengorgeant durablement les services d’urgence.

Les urgences ne peuvent plus être la porte d’entrée du système de santé

« Les urgences ne peuvent pas être la réponse à toutes les situations de soins ». Cette phrase, reprise dans le communiqué du ministère, résume l’esprit du rapport rendu au gouvernement jeudi 16 juillet, intitulé « Alternatives et aval des urgences : ou comment le système de santé peut-il prendre le virage du vieillissement de la population et des polypathologies ».

Les six personnalités missionnées sur la création de ce rapport en septembre 2025 par le ministère de la Santé sont unanimes : la crise des urgences n’est pas uniquement celle des services hospitaliers mais celle de l’ensemble de l’organisation des soins, de la médecine de ville à l’hospitalisation.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque année, près de 20 millions de passages sont enregistrés aux urgences. Entre 30 et 40 % des patients pourraient pourtant être pris en charge ailleurs. L’objectif affiché par le Gouvernement est donc particulièrement ambitieux : réduire de moitié les passages évitables, soit près de 4 millions de passages en moins chaque année. Le rapport rappelle que le vieillissement de la population, l’augmentation des pathologies chroniques et la complexité croissante des situations rendent indispensable une nouvelle organisation des parcours de soins.

Des alternatives aux urgences pour éviter des passages souvent inutiles

Pour les experts, la première réponse consiste à renforcer toutes les solutions capables d’éviter un passage aux urgences. Le rapport insiste sur le développement du Service d’accès aux soins (SAS), désormais généralisé sur l’ensemble du territoire métropolitain grâce à plus de 12 000 professionnels de santé mobilisés. Ce dispositif doit permettre aux patients d’obtenir rapidement une réponse médicale adaptée sans se rendre systématiquement à l’hôpital.

taux de recours aux établissements de santé en 2022
Urgences hospitalières
Personnes âgées
Parcours de soins
Admissions directes
Désengorgement des urgences

La mission recommande également de mieux structurer les centres de soins non programmés afin qu’ils deviennent une véritable alternative pour les soins du quotidien. Les auteurs du rapport regrettent notamment que ces structures restent aujourd’hui insuffisamment intégrées dans les parcours de soins, alors qu’elles pourraient absorber une partie importante des consultations actuellement réalisées aux urgences.

Le rapport soutient également la généralisation de la réorientation des patients dès l’accueil des urgences lorsque leur état ne relève pas d’une prise en charge urgente. En parallèle, il préconise d’étendre progressivement la régulation de l’accès aux urgences, expérimentée dans plusieurs territoires, ainsi que le renforcement du rôle des assistants de régulation médicale. Comme le souligne le communiqué ministériel, il s’agit de permettre à chaque patient d’accéder « à une réponse plus rapide, plus adaptée et plus efficace ».

L’aval des urgences devient enfin une priorité nationale, notamment pour les personnes âgées

Le rapport insiste sur une réalité bien connue des professionnels : l’engorgement des urgences ne s’explique pas uniquement par le nombre d’entrées mais aussi par l’absence de solutions de sortie. Les patients restent parfois plusieurs heures, voire davantage, sur des brancards faute de lits disponibles dans les services d’hospitalisation. Les auteurs dénoncent un dysfonctionnement structurel qui pénalise à la fois les patients et les équipes soignantes.

Les personnes âgées apparaissent comme les premières concernées par cette évolution. Le rapport défend le développement massif des admissions directes en gériatrie, en médecine polyvalente ou en soins médicaux et de réadaptation, afin d’éviter aux patients fragiles un passage systématique par les urgences. Cette mesure figure parmi les recommandations les plus structurantes de la mission et répond directement au vieillissement de la population.

Les experts recommandent également une gestion beaucoup plus dynamique des lits hospitaliers afin de fluidifier les parcours. L’objectif est de réduire les blocages qui empêchent les transferts depuis les urgences et d’améliorer la coordination entre les différents services hospitaliers. L’aval des urgences n’est plus présenté comme le problème des seuls urgentistes, mais comme celui de l’ensemble des établissements de santé.

Autre enjeu majeur : le suivi des patients qui fréquentent régulièrement les urgences. Le rapport rappelle qu’environ 7 % des patients représentent à eux seuls près de 25 % des passages aux urgences. Les auteurs préconisent un meilleur repérage de ces situations ainsi qu’une coordination renforcée avec les médecins traitants, les CPTS, les dispositifs d’appui à la coordination (DAC) et les acteurs médico-sociaux afin d’éviter des recours répétés à l’hôpital.

moyenne des territoires pionniers étude urgences part d'admission part d'ambulatoire part de séjours > 5 jours

Changer durablement les habitudes pour adapter le système au vieillissement de la population

Au-delà des mesures organisationnelles, le rapport appelle à un changement culturel. Les auteurs considèrent que les urgences sont devenues, pour une partie de la population, un recours par défaut face aux difficultés d’accès aux soins. Ils défendent donc une meilleure information du grand public afin de faire connaître les alternatives existantes et de réserver les services d’urgence aux situations qui le nécessitent réellement.

Le ministère reprend cette orientation dans son communiqué en annonçant une campagne nationale de sensibilisation autour du message : « Les urgences, ce n’est pas une évidence ! » Une formule qui traduit la volonté de modifier les réflexes de recours aux soins et d’accompagner la transformation des parcours de santé.

Pour les acteurs du secteur du vieillissement, ce rapport dépasse largement la seule question des urgences. Il reconnaît que l’avenir du système de santé passera par une meilleure articulation entre médecine de ville, hôpital, gériatrie, soins de réadaptation, coordination territoriale et secteur médico-social. Une évolution qui pourrait, à terme, améliorer la qualité de prise en charge des personnes âgées tout en redonnant de l’oxygène à des services d’urgence durablement sous tension.

Retrouvez le rapport en intégralité (PDF)

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