À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, le gouvernement pourrait s’attaquer une nouvelle fois à la revalorisation des pensions. Bercy travaillerait sur une forme de désindexation « ciblée » des retraites les plus élevées, afin de réduire les dépenses publiques sans geler l’ensemble des pensions.

- Bercy travaillerait sur une désindexation « ciblée » des pensions de retraite les plus élevées.
- Au-delà d’un seuil encore inconnu, certaines pensions pourraient être moins revalorisées en fonction de l’inflation.
- Cette mesure viserait à réduire les dépenses publiques liées aux retraites, estimées à 370 milliards d’euros en 2023.
- Une désindexation ferait mécaniquement baisser le pouvoir d’achat des retraités si les prix continuent d’augmenter.
- À quelques mois de la présidentielle de 2027, cette piste budgétaire s’annonce politiquement sensible.
Une désindexation ciblée des pensions de retraite envisagée
C’est un projet qui, à quelques mois de la présidentielle, pourrait bien jouer en défaveur des retraités. Bercy travaillerait sur une forme de désindexation « ciblée » des pensions de retraite. En clair, au-delà d’un certain niveau de pension – pour l’heure non fixé –, la revalorisation automatique sur l’inflation serait dans un premier temps ralentie… avant d’être potentiellement suspendue. Cette piste portée par le gouvernement s’inscrirait dans une volonté de ne pas reproduire une désindexation généralisée des pensions, politiquement et socialement explosive. Le principe serait donc de faire contribuer davantage les retraités percevant les pensions les plus élevées, tout en épargnant les petites retraites.
La proposition intervient alors que le débat sur les économies budgétaires reste particulièrement tendu. Philippe Juvin, rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale, défend de son côté une ligne beaucoup plus offensive sur la réduction des dépenses publiques. Le député LR considère notamment que la question des retraites, première dépense publique française, doit être reposée.
L’objectif affiché par le Gouvernement reste avant tout budgétaire : les dépenses de retraite progressent mécaniquement avec le nombre de retraités, mais aussi avec la revalorisation des pensions. Selon les éléments avancés dans le cadre des discussions budgétaires, l’indexation sur l’inflation représenterait à elle seule plusieurs milliards d’euros de dépenses supplémentaires.
Qui serait réellement concerné par la désindexation des retraites ?
Pour l’heure, aucun seuil définitif ne permet d’affirmer précisément combien de retraités seraient concernés. Le gouvernement n’a pas arrêté de montant à partir duquel une pension cesserait de suivre intégralement l’inflation. Les « petites retraites » ne seraient pas la première cible : le mécanisme viserait les pensions considérées comme les plus élevées, avec l’idée d’instaurer une contribution croissante à l’effort budgétaire au-delà d’un certain niveau de pension.

Il faut donc distinguer le montant de la pension du niveau de vie global. Un retraité disposant d’une pension élevée peut, par exemple, vivre seul et supporter des dépenses importantes de logement ou de santé. À l’inverse, un couple peut disposer de deux pensions relativement confortables et d’un patrimoine important. Le seuil retenu sera donc déterminant pour mesurer l’ampleur réelle de la mesure.
Les données disponibles montrent par ailleurs que les retraités ne constituent pas un groupe homogène : en 2024, le niveau de vie médian des retraités a légèrement dépassé celui de l’ensemble de la population, après avoir progressé de 3,5 % en euros constants. Une situation moyenne qui ne doit pas masquer les écarts entre retraités. Si en 2023, le niveau de vie médian des retraités s’établissait à 25 420 euros annuels, les 10 % de retraités les plus aisés dépassaient 44 800 euros annuels.
En ligne de mire : le pouvoir d’achat des retraités
Le principe de la désindexation est simple : lorsque les pensions sont indexées, leur montant évolue en fonction de l’inflation. Lorsque la revalorisation est réduite ou supprimée, les pensions augmentent moins vite que les prix, voire restent strictement identiques d’une année sur l’autre dans le cas d’un gel. Si les prix continuent d’augmenter, le pouvoir d’achat des retraités diminue alors mécaniquement. Une décision politiquement délicate donc, à quelques mois des présidentielles.
La règle actuelle prévoit en effet une revalorisation des pensions de retraites de base en fonction de l’inflation. Elles avaient ainsi été revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026. Pendant des décennies, cette mécanique a constitué un filet de protection visant à éviter que les retraités ne voient leur niveau de vie décrocher sous l’effet de la hausse des prix. La remettre en cause, même uniquement pour les pensions les plus élevées, reviendrait donc à modifier une règle centrale du système de retraite.
Le gouvernement le martèle : les retraites représenteraient une masse financière considérable. Selon la Drees, elles constituaient en 2023 le premier poste de dépenses de la protection sociale, avec 370 milliards d’euros de pensions versées.
La bataille budgétaire est donc loin d’être terminée. Le projet de budget 2027 devra passer par le Parlement à l’automne, dans un contexte politique particulièrement tendu. Le calendrier prévisionnel prévoit l’examen de la première partie du texte consacrée aux recettes à partir du début du mois d’octobre.
Cet article a été publié par la Rédaction le
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