Longtemps perçus comme les grands gagnants de l’immobilier, les seniors propriétaires apparaissent aujourd’hui bien plus fragiles qu’il n’y paraît. Selon le premier Baromètre Senior, Patrimoine et Transmission réalisé par OpinionWay pour Merci Prosper, près d’un senior propriétaire sur deux se déclare sous pression financière. Une réalité qui bouscule les idées reçues et révèle un changement profond du rapport au patrimoine : de plus en plus de retraités envisagent désormais d’utiliser la valeur de leur logement pour financer leur vieillissement.

- Près d’un senior propriétaire sur deux (47 %) déclare aujourd’hui être sous pression financière malgré la possession de son logement.
- Les femmes, les personnes seules, les ménages modestes et les habitants des zones rurales figurent parmi les profils les plus exposés aux difficultés financières.
- Pour faire face aux dépenses liées au vieillissement, 60 % des seniors seraient prêts à mobiliser leur patrimoine immobilier afin de financer leur retraite ou leur perte d’autonomie.
- Le maintien à domicile (36 %), l’entrée en résidence seniors ou en EHPAD (32 %) et les dépenses de santé (26 %) constituent les principales raisons qui pourraient les pousser à utiliser la valeur de leur logement.
- Alors que 93 % des seniors ne connaissent pas la vente partielle immobilière, 72 % de ceux qui envisagent de mobiliser leur patrimoine souhaitent prendre cette décision en concertation avec leurs enfants.

Derrière l’image du retraité propriétaire, une réalité économique plus difficile
Le cliché du senior propriétaire à l’abri des difficultés financières très nettement contredit par les résultats du baromètre OpinionWay. Une nouvelle étude en date du 28 mai révèle en effet que 47 % des seniors propriétaires interrogés se déclarent aujourd’hui sous pression financière.
Dans le détail, 42 % affirment devoir arbitrer chacune de leurs dépenses tandis que 5 % expliquent devoir puiser dans leur épargne ou solliciter une aide extérieure pour maintenir leur niveau de vie. Pour Thibault Corvaisier, cofondateur de Merci Prosper, ces chiffres mettent en lumière une réalité largement sous-estimée : « posséder son logement » ne suffit plus à garantir une sécurité financière.
Quelques chiffres marquants :
- 47 % des seniors propriétaires se disent sous pression financière ;
- 42 % doivent surveiller et arbitrer chaque dépense ;
- 49 % envisageraient un crédit à la consommation en cas de difficulté ;
- 32 % considèrent leur logement comme un levier pour améliorer leur situation financière.
Les seniors interrogés se déclarant sous pression financière envisagent ainsi différentes options – la plus courante étant de réduire ses loisirs et sa consommation, et la moins répandue étant de faire un viager (6%) ou de contracter un Prêt Viager Hypothécaire (3%).

Femmes, personnes seules, ruraux : les profils les plus exposés
L’étude dessine également le portrait du senior propriétaire le plus vulnérable. Les femmes apparaissent particulièrement touchées, avec 53 % d’entre elles déclarant rencontrer des difficultés financières en fin de mois.
Les personnes vivant seules sont également davantage fragilisées. Ainsi, 56 % des seniors célibataires, veufs ou divorcés se disent sous pression financière. Les « jeunes seniors » de 60 à 64 ans apparaissent eux aussi plus exposés que leurs aînés, avec un taux atteignant 53 %, contre seulement 32 % chez les plus de 80 ans.
Les écarts territoriaux sont également marqués :
- 59 % des seniors du Grand Est se déclarent sous pression financière ;
- 53 % des propriétaires vivant en zone rurale sont concernés ;
- contre 37 % seulement à Paris.
Autre enseignement majeur : plus de huit seniors sur dix percevant moins de 24 000 euros de revenus annuels déclarent rencontrer des difficultés financières.
Le logement devient un outil pour financer la retraite et la perte d’autonomie
Face à cette pression économique, les seniors sont de plus en plus nombreux à envisager leur patrimoine immobilier comme une ressource mobilisable. Contrairement à une idée largement répandue, ils ne refusent pas de toucher à leur patrimoine.
L’étude montre que 46 % des répondants seraient prêts à utiliser la valeur de leur logement pour financer leur retraite, même si cela implique de réduire la part transmise à leurs héritiers. Ce taux grimpe même à 60 % lorsqu’une raison concrète de financement est évoquée.
Les motivations citées sont particulièrement révélatrices des enjeux du vieillissement :
- 36 % financeraient leur maintien à domicile
- 32 % une entrée en résidence seniors ou en EHPAD
- 26 % des dépenses de santé importantes
- 20 % une aide financière à leurs enfants
- 16 % un complément de revenus pour les fins de mois
Le logement n’apparaît donc plus uniquement comme un bien à transmettre mais comme un outil destiné à financer l’avancée en âge et la préservation de l’autonomie.

Transmission : les seniors veulent arbitrer sans rompre le dialogue familial
Si les Français restent attachés à l’héritage, le rapport à la transmission évolue. Selon le baromètre, 81 % des seniors demeurent attachés à la transmission patrimoniale, mais près d’un sur deux accepte désormais l’idée d’en réduire une partie pour préserver sa qualité de vie.
L’étude souligne également l’importance du dialogue familial dans ces décisions. Parmi les seniors envisageant une vente partielle de leur résidence principale, 72 % indiquent qu’ils prendraient cette décision en concertation avec leurs enfants. Pour 44 %, leur accord serait même indispensable.
Mais un paradoxe demeure : alors que la majorité des répondants se disent prêts à mobiliser leur patrimoine immobilier, 93 % ne connaissent pas la vente partielle, pourtant présentée comme une solution permettant de dégager des liquidités sans quitter son logement. Thibault Corvaisier regrette ainsi un manque de visibilité des dispositifs existants et estime que le véritable enjeu consiste aujourd’hui à permettre aux seniors de « vivre dignement » grâce à des solutions adaptées à leur situation.
À l’heure où la France s’apprête à vivre la « grande transmission » du patrimoine des baby-boomers, cette enquête révèle une mutation profonde : pour de nombreux seniors, le logement n’est plus seulement un héritage à préserver, mais devient progressivement un levier essentiel pour financer le vieillissement et l’autonomie.
Cet article a été publié par la Rédaction le
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