[Etude] Maladie d’Alzheimer : faut-il prendre en compte le sexe des patients ?

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Un groupe de scientifiques internationaux, appelé «Women’s Brain Project», s’est associé à l’ «Alzheimer’s Disease Precision Medicine Initiative» (APMI), le premier groupe de travail international de recherche consacré à la mise en oeuvre d’une médecine de précision révolutionnaire pour la maladie d’Alzheimer. Le but : comprendre si les hommes et les femmes souffrant de la maladie d’Alzheimer doivent être traités de la même façon.

Plusieurs pathologies affectent différemment les hommes et les femmes, et le fait de négliger les différences entre les sexes peut entraîner un diagnostic et un traitement non optimal pour les deux sexes. Partant de ce constat, Maria Teresa Ferretti (Université de Zurich en Suisse) et le professeur Harald Hampel de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP et de l’Université Paris-Sorbonne, étudient les différences entre les sexes, dans la maladie d’Alzheimer et leur rôle clé pour l’avenir de la médecine de précision.

Des différences entre les sexes dans le domaine cardiovasculaire

Dans le domaine cardiovasculaire, les différences entre les sexes ont fait l’objet de discussions et d’études approfondies au cours des 20 dernières années. Dans le virage important qu’entame la médecine de précision, l’American Heart Association a récemment publié des recommandations pour la prévention des accidents vasculaires cérébraux selon le sexe.

Qu’en est-il pour les maladies neurologiques ?

Pourrait-il en être de même pour les maladies neurologiques et psychiatriques, qui sont notoirement
hétérogènes sur le plan biologique, clinique et évolutif ?
Il est vraisemblable que le fait de négliger les différences entre les sexes, a compromis le développement et la validation d’outils diagnostics et thérapeutiques adéquats pour des maladies telles que la maladie d’Alzheimer, pour lesquelles les essais cliniques donnent constamment des résultats décevants. 
Alors qu’il est de plus en plus évident que les cerveaux masculins et féminins réagissent différemment aux maladies, en grande partie à cause de différences hormonales et génétiques, la plupart des études cliniques et de laboratoire négligent encore cet aspect. En réalité, les données provenant des populations d’hommes et de femmes sont analysées et présentées de façon cumulative, sans analyse des différences entre les groupes.
Pour la maladie d’Alzheimer, les femmes représentent 2/3 des patients dans le monde mais, au-delà de ces données épidémiologiques, la recherche sur les différences entre les sexes dans la MA est étonnamment limitée.
Un groupe de scientifiques internationaux, appelé «Women’s Brain Project», a décidé de mener une campagne de sensibilisation et de promotion d’une médecine de précision sensible au sexe des patients dans le domaine de la neurologie et de la psychiatrie. Le groupe s’est associé à l’ «Alzheimer’s Disease Precision Medicine Initiative» (APMI), le premier groupe de travail international de recherche consacré à la mise en oeuvre d’une médecine de précision révolutionnaire pour la maladie d’Alzheimer.

Ensemble, le WBP et l’APMI ont examiné la littérature scientifique pour déterminer si, et comment la
maladie d’Alzheimer affectait différemment les hommes et les femmes. Les auteurs se sont penchés sur les différences entre les sexes en ce qui concerne les symptômes, les biomarqueurs, les facteurs de risque et la réaction aux interventions médicales.
Cette revue exhaustive, publiée récemment dans la revue internationale Nature Reviews Neurology, démontre clairement que les différences de sexe et de genre sont en effet d’une très grande pertinence pour le diagnostic et le traitement de la maladie d’Alzheimer, comme l’ont démontré plusieurs études indépendantes. Cependant, la communauté scientifique ne fait que commencer à aborder cette question importante, et des travaux plus systématiques et rigoureusement contrôlés doivent être menés.

Démence - Maladie d'alzheimer - Oubli - Perte de mémoire - Vieillesse (1)

Des différences constantes entre les sexes

« Nous avons constaté des différences constantes entre les sexes dans la progression de la maladie et dans les facteurs de risque rapportés dans les études », déclare le Professeur Harald Hampel, auteur principal de la publication et président de l’Alzheimer Precision Medicine Initiative (APMI).
Le Professeur Hampel poursuit : « par exemple, les femmes présentent un déclin cognitif et une atrophie cérébrale plus rapides que les hommes une fois que les premiers symptômes affectant la mémoire apparaissent puis que le stade de la démence Alzheimer est diagnostiqué. D’autre part, certains facteurs de risque métaboliques tels que l’obésité semblent être plus fortement représentés chez les hommes. Ces différences doivent être prises en considération lors de la conception de modèles personnalisés de prévention, de diagnostic et de traitement des maladies. Une approche unique pour tous les patients atteints de la maladie d’Alzheimer a échoué. La maladie d’Alzheimer est très hétérogène et nous devons prendre en considération les besoins spécifiques de chaque patient. Nous croyons que l’étude des différences entre les sexes sera cruciale pour s’assurer que les hommes et les femmes reçoivent le meilleur traitement possible dans le cadre de la médecine de précision pour la maladie d’Alzheimer. »

Les auteurs estiment « qu’il faudrait conduire beaucoup plus de travaux dans ce domaine, ce qui exige un effort concerté de la part de la communauté scientifique ».
« Ce que nous avons constaté, c’est qu’il y avait très peu d’études bien conçues traitant de la question des différences entre les sexes dans la MA », a commenté l’auteure principale, la Docteur Maria Teresa Ferretti. « Beaucoup d’études n’ont pas du tout analysé les différences entre les sexes. Dans les articles présentant les résultats d’essais cliniques de phase 3 récemment achevés dans ce domaine, aucune considération n’était portée aux différences entre les sexes. »

5 domaines critiques

Les auteurs ont identifié 5 domaines critiques qui doivent être abordés pour les études futures, avec des recommandations spécifiques pour chacun d’entre eux :

  • La communication spécifique des données et résultats par sexe
  • Les biomarqueurs
  • Les facteurs de risque
  • Les essais cliniques
  • La recherche pré-clinique

Les recommandations comprennent l’attention aux différences entre les animaux mâles et femelles dans la recherche pré clinique, la présentation explicite des données des différences entre sexe dans les rapports scientifiques (même si les résultats sont négatifs), et, pour ce qui est des essais cliniques,
l’analyse de la façon dont répondent des hommes et des femmes aux différents médicaments.
« Nous espérons que cette publication de référence sensibilisera la communauté scientifique et le
grand public à l’importance d’étudier les différences entre les sexes dans la santé et les maladies du
cerveau, tant pour les hommes que pour les femmes », explique le Dr Annemarie Schumacher Dimech,
Présidente du Women’s Brain Project. « Ce travail s’accompagne de notre campagne de sensibilisation
sociale à l’importance de la santé du cerveau et de l’engagement des décideurs politiques, des compagnies pharmaceutiques et des organismes de réglementation à apporter des changements positifs. »


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Cet article a été publié par la Rédaction le


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